• Panorama agroécologie

AGROÉCOLOGIE & ÉLEVAGE

De tout temps l’élevage a été complémentaire des cultures et a contribué à l’équilibre des systèmes agricoles. Force de travail, fourniture du fumier (alors seul engrais disponible), valorisation des sous-produits de l’exploitation ou des zones non-cultivables et même contrôle de bioagresseurs par le pâturage d’adventices avant leur montée en graines (sur jachères ou repousses) ou consommation d’insectes nuisibles (élevage avicole de plein air...) : les animaux ont toujours eu un rôle essentiel au sein des systèmes agricoles. L’agroécologie redécouvre ces vertus, les adapte au monde moderne et surtout fait évoluer ces pratiques en s’appuyant sur les avancées de la recherche. C’est pourquoi l’intégration de l’élevage au sein de systèmes productifs diversifiés est un atout incontestable pour développer des exploitations autonomes et résilientes.

Présent pour la première fois sur le Village Agroécologique, le Pôle élevage vous permettra de parfaire vos connaissances à travers des conférences et ateliers autour de thèmes aussi innovants et variés que le Pâturage Tournant Dynamique, l’intégration de l’élevage en système céréalier, les volailles de plein air et poulaillers mobiles, ou encore les dérobées fourragères pour l’alimentation du troupeau.

ANIMATRICE DU PÔLE : FRANÇOISE NÉRON

INTERV Franoise Nron 2018 200pxFrançoise Néron, ingénieur en agriculture, a enseigné de 1980 à 2017, d’abord en lycée agricole puis en Ecole d’Ingénieurs.

Au gré des réformes, elle a assuré des cours de productions animales, productions végétales et économie agricole.

Depuis 2010, et en parallèle avec cette activité d’enseignante, elle écrit des ouvrages techniques publiés aux Editions France Agricole (« Petit Précis d’agriculture », « Mémento d’agriculture », « Petit précis d’élevage »).

Elle a toujours travaillé en étroite collaboration avec les agriculteurs ce qui donne une orientation très concrète à son enseignement et à ses écrits.

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Ils vous parleront d'élevage

Bertrand Patenotre

Bertrand Patenotre
Bertrand Patenotre exploite 176 ha dans l’Aube. En semis direct sous couvert, il produit orge de printemps, blé tendre, chanvre, pois d’hiver, soja, betteraves… En 2007, il réintroduit l’élevage avec 400 brebis romane afin de valoriser ses couverts. Aujourd’hui, en Pâturage Tournant Dynamique, son système est pensé pour qu’il puisse s’occuper seul de ses cultures et de ses animaux.

“Installé suite à la séparation d’un GAEC en 1998, j’ai tout de suite pratiqué le semis direct puisqu’il y avait un semoir dédié sur l’exploitation. Si au début je ne voyais que l’avantage en terme de réduction de temps de travail, j’ai rapidement constaté l’impact sur les sols : ils réagissaient mieux à la battance, aux excès de pluviométrie, l’eau ne ruisselait plus mais s’infiltrait… J’ai donc commencé à complexifier mes couverts, avec introduction de légumineuses en 2002. Souhaitant mieux valoriser ces couverts, j’ai réintroduit l’élevage en 2006 avec 400 agnelles romanes et l’embauche d’un salarié, qui n’est pas resté longtemps.

Découvrant en parallèle le Pâturage Tournant Dynamique, j’ai repensé mon système afin de pouvoir le gérer seul en plus des cultures. C’est toujours le cas actuellement. Aujourd’hui, je constate que j’ai moins de dégâts de limaces et campagnols sur les parcelles pâturées ; si cette association n’est pas forcément un atout au niveau de la lutte contre les adventices du couvert, je re-sème bien plus facilement derrière. Surtout, j’observe une nette amélioration au niveau de la structure de mes sols.

Petit à petit, on réalise que le biologique est bien plus puissant que le mécanique. Il est capable de redonner une excellente structure au sol, à une condition : que l’on entretienne cette activité biologique en lui offrant le gîte et le couvert 365 jours par an. Cela implique de ne jamais travailler le sol à plus de 4 ou 5 cm pour ne pas le perturber, de ne pas le laisser nu, d’éviter les engins lourds… Non seulement cela élimine le besoin de décompacter mécaniquement, petit à petit cela réinvite aussi toute une population d’insectes auxiliaires tels que les carabes ou les araignées, ce qui élimine aussi le besoin d’utiliser des insecticides pour lutter, par exemple, contre les pucerons.

Je ne pratique pas l’agroécologie dans un but philosophique sur l’écologie, mais parce que cela me rend service et me coûte moins cher. Les produits phytosanitaires, c’est bien, mais cela coûte de l’argent !”

Thomas Cuypers

Thomas Cuypers
Thomas, Antoine et Martin Cuypers travaillent sur la ferme familiale avec leurs parents, dans une vraie logique de travail collectif (partage de matériel, assolement commun, etc.). Sur 600 ha dans le Sud-Ouest de l’Oise, ils cultivent des céréales (blé, colza, protéagineux), des légumes de plein-champ et des betteraves à sucre. En 2012, sans l’avoir jamais pratiqué, ils introduisent l’élevage ovin en naisseur-engraisseur avec dès l’origine un cheptel permettant d’embaucher un salarié à plein temps (800 mères aujourd’hui).

“Dans la famille, nous aimons les nouveaux projets. Toujours chercher l’innovation est dans notre caractère. Nous avons aussi une sensibilité à l’agronomie. Lors de diverses formations, on nous a expliqué que le fait de réintroduire de l’élevage pourrait améliorer notre système céréalier. C’est ainsi que nous nous sommes lancés dans l’élevage ovin et, six ans plus tard, nous ne regrettons pas. Économiquement, c’est tout à fait viable : l’investissement coûte moins cher que des terres de cultures et le retour sur investissement est bien plus rapide. Aujourd’hui nous louons même les services de nos brebis pour l’entretien d’espaces verts dans la région.

Sur notre ferme, les brebis nous permettent de valoriser au maximum les intercultures. Depuis 3-4 ans, nous faisons aussi un peu de pâturage de blé au printemps, ce qui nous permet, sans nuire au rendement, de laisser pousser nos couverts et de les récolter en enrubanné et, ainsi, d’avoir du fourrage pour les brebis en bergerie. Pratiquant de plus le semis direct sous couvert, nous constatons une vraie amélioration sur nos sols en matière de couleur, de portance, de vie. Cela évolue aussi au niveau de l’écologie de l’exploitation : nous avons de plus en plus de riches populations d’animaux (bécassines, hérons, aigrettes, faucons crécerelles, perdreaux, faisans ou encore lièvres). Nous sentons aussi que pour les voisins, l’image de l’éleveur est bien plus positive que celle de l’agriculteur.

L’agroécologie est une agriculture qui s’inspire de la nature. Observer la nature pour aller dans son sens plutôt que contre elle. Cela permet de créer quelque chose de résilient et d’économique. Plus la science avance, plus nous réalisons notre ignorance de la nature et de ses mécanismes. Faire évoluer nos techniques agricoles en fonction de l’évolution de ces connaissances, notamment sur la vie du sol – là est tout l’enjeu. Il y a tellement de choses à découvrir.”

Dominique Antoine

Dominique Antoine
Issu d’une famille d’agriculteurs ardennais, Dominique est ingénieur d’agriculture africaine. Enseignant pendant de longues années, il a également été président de l’ACAB ainsi que de l’ITAB. Il est aujourd’hui consultant-formateur en agriculture biologique. Dominique est par ailleurs l’auteur, entre autres, du livre “Un poulailler chez soi” publié aux Editions France Agricole en 2015.

“Sans chercher à être exhaustif, l’agroécologie peut être définie par les objectifs qu’elle cherche à atteindre. De manière générale, un objectif sera d’assurer la pérennité des systèmes, notamment via la préservation voire l’amélioration du patrimoine de fertilité des sols. En matière de production végétale, il sera aussi question d’être le moins polluant possible (en pesticides, amendements et engrais organiques ou autres intrants toxiques). Pour les productions animales, il s’agira d’une part d’axer la sélection génétique aussi sur des critères de rusticité et non plus seulement de production et, d’autre part, de mieux prendre en compte le bien-être animal. Dans les deux cas, cela favorisera la résilience des animaux et donc la pérennité globale du système.

Pour répondre à ces objectifs, l’expérience montre que les systèmes diversifiés sont bien plus résilients sur le long-terme que les systèmes spécialisés. Ainsi, je suis convaincu qu’il faut lorsque c’est possible favoriser les systèmes en polyculture-élevage, seul ou en collaboration avec des producteurs voisins. Les rotations incluant des prairies (mélange légumineuses-graminées), notamment, permettent de limiter les problèmes d’adventices (par exemple de chardons et rumex, très problématiques en bio) et de remettre du carbone dans les sols. Cela construit le capital humus et fertilise les champs, répondant à notre objectif premier cité plus haut. Une telle synergie permet par ailleurs d’acquérir une plus grande autonomie en matière d’alimentation du troupeau.

Pour prendre un exemple plus spécifique, l’intégration de poulaillers mobiles en régions céréalières présente de nombreux avantages. Pour l’animal, cela facilite un plus grand bien-être, avec moins de stress, dans un état sanitaire plus satisfaisant qui réduit du même coup le parasitisme (à condition que le parcours herbeux soit suffisamment dimensionné pour permettre un partage en deux parcelles qui seront utilisées en alternance). Cela permet par ailleurs une meilleure utilisation de la biomasse du parcours herbeux comme source de protéines de qualité. Il résulte de cette association une meilleure gestion du cycle de l’azote et du phosphore avec, comme conséquence, une moindre pollution, ainsi qu’un recyclage localisé des déjections des animaux. Pour le producteur, cette complémentarité diminue le coût de certains intrants et un circuit de distribution plus court lui permet de gagner en valeur ajoutée sur sa production, tout en répondant à la demande sociétale actuelle.”

Franck Baechler

Franck Baechler
En 2008, alors conseiller grandes cultures et très axé sur l’amélioration de la qualité des sols, Franck Baechler commence à s’intéresser à l’agriculture de conservation pour en accroître sa fertilité. Un voyage aux Etats-Unis lui fait découvrir le rôle crucial des animaux pour celle-ci : c’est le déclic. Quittant la Chambre d’Agriculture, il achète des Angus et devient conseiller indépendant et éleveur sans-terre pendant deux ans, proposant à un céréalier de venir avec ses conseils et ses animaux dans ces parcelles. Grâce à la reprise d’une ferme il y a un an, il peut aujourd’hui expérimenter les synergies entre agriculture de conservation et élevage bovins / ovins pour augmenter la résilience des systèmes de cultures, tout en poursuivant son travail de conseil en Agriculture de conservation et sur l’intégration de l’élevage en grandes cultures.

“J’ai l’intime conviction qu’au-delà de l’agriculture de conservation, c’est par l’élevage que nous améliorerons la qualité et la fertilité de nos sols. En France, la règle est d’amener la nourriture aux vaches, ce qui crée des systèmes concentrationnaires posant beaucoup de problèmes (gestion des effluents, retour sur investissement minimal, etc.). Dans ces nouveaux systèmes, on amène au contraire les pattes aux champs, ce qui permet entre autres bienfaits de stimuler l’activité biologique du sol et, donc, d’accroître la fertilité. Pour moi, les animaux sont au service du sol et non l’inverse.

La présence d’animaux dans un système céréalier implique d’avoir une diversité parcellaire ainsi qu’une grande mobilité. Il faut réintroduire les prairies et les bloquer pendant 4 ou 5 ans. Les animaux permettent de valoriser cette nouvelle production de biomasse et de transformer les protéines de l’herbe en protéines animales à très faible coût. De même, l’intégration de l’élevage dans les couverts en interculture permet d’élever le niveau de fertilité dans ces parcelles et d’avoir une autre forme de gestion des couverts. Non seulement mes intrants baisseront à court terme, je suis plus autonome et je valorise aussi mieux mon travail, puisque je vends en direct une viande riche en Oméga 3 issue d’animaux élevés 100% à l’herbe ; cela offre une alimentation saine et équilibrée à mes clients tout en améliorant le tissu social de mon territoire.

L’agroécologie en AC associée à l’élevage propose une gestion holistique, dans laquelle l’intégralité du système agricole est pris en compte. L’un de ses principes fondateurs est que c’est par la diversité que l’on crée de la résilience. L’agriculture de conservation induit une plus grande diversité de plantes, tandis que l’élevage introduit plus de diversité animale (tant par les animaux élevés que par ceux réintroduits naturellement avec la création d’une nouvelle niche écologique). Mais il ne faut pas oublier d’apporter aussi une plus grande diversité humaine, car c’est par l’apport de matière grise que l’on peut progresser et innover.

Aujourd’hui, il est indispensable de trouver une autre voie pour être plus résilients dans nos systèmes de culture : la gestion holistique de nos fermes par une nouvelle approche de l’élevage en est une.”

Mathieu Bessiere

Mathieu Bessiere
C’est au cours d’un voyage en Nouvelle-Zélande que Mathieu Bessiere a découvert que l’on pouvait penser le pâturage autrement. Après un an passé à glaner des informations sur le sujet et à expérimenter une approche compatible avec les systèmes d’élevages français, il décide, avec une poignée d’autres techniciens, de donner un nom à la somme de ses recherches : le Pâturage Tournant Dynamique. Il œuvre aujourd’hui au sein de Rhizobium, un organisme créé avec son frère pour former les éleveurs à cette pratique en constante évolution, mais qui a depuis largement fait ses preuves.

“Si l’on s’intéresse au pâturage, il est indispensable de prendre en compte à la fois le sol, la plante, et l’animal – si l’un de ces trois aspects est défaillant, votre pâturage ne marchera pas. Le pâturage tournant dynamique consiste à faire fonctionner ces trois éléments en synergie pour que le système soit le plus efficace, performant et autonome possible. Cela implique notamment de caler la vitesse de rotation des animaux sur la vitesse de repousse de l’herbe, de laisser à l’herbe des temps de repos, de porter une attention particulière à l’ingestion des animaux, et de laisser suffisamment d’herbe résiduelle pour nourrir le sol… Ce n’est pas une pratique figée, elle évolue constamment au fil des expérimentations des éleveurs.

Lorsque je rencontre un problème, j’essaye de comprendre les mécanismes biologiques qui sont en jeu, et il est parfois inspirant de se demander : comment la prairie fonctionnerait-elle sans l’intervention de l’homme ? Cela permet de se rapprocher du fonctionnement le plus autonome et le plus efficace de la prairie. Les changements récurrents de parcelles pour les animaux, par exemple, sont inspirés du comportement naturel des grands herbivores.

L’agroécologie est par définition innovante, puisqu’elle propose de remettre de la science dans l’agriculture. Cela fait des décennies que l’on dit aux agriculteurs quoi faire, sans jamais leur expliquer pourquoi il fallait le faire. Pour pratiquer l’agroécologie, il est au contraire indispensable de comprendre les mécanismes naturels, ainsi que l’impact de sa pratique sur l’ensemble du système. En comprenant pourquoi ils font les choses, les agriculteurs s’autonomisent dans leur prise de décision au lieu de suivre un mode d’emploi. Cela peut parfois être vécu comme une prise de risque importante pour les agriculteurs, mais c’est aussi un gage de réactivité et une capacité d’adaptation qui débouche sur des systèmes plus efficaces et plus résilients. Dans le cadre du Pâturage Tournant Dynamique, l’implication de l’éleveur est toujours récompensée par l’amélioration des performances, il n’y a pas de retours en arrière.”

Gilles Crocq

Gilles Crocq
Gilles Crocq est Expert culture et fourrage chez CLASEL- SEENOVIA, regroupement des contrôles laitiers des Pays de la Loire et Charente Maritime. Il interviendra en atelier et conférence pour parler des dérobées fourragères pour l’alimentation du troupeau.

“Il existe des solutions pour avoir un fourrage avec un coût d’implantation peu élevé et qui soit toujours de bonne qualité à la sortie de l’hiver. C’est le cas de l’implantation de dérobées après les cultures estivales. Selon la date de semis, les agriculteurs devront mettre une quantité plus ou moins grande de légumineuses dans le système (plus la date de semis est précoce, plus il sera possible d’incorporer des trèfles ; plus elle est tardive, plus il faudra augmenter la part de graminées).

L’innovation consiste dans la part de trèfle associé au graminées. La quantité de graminées (exemple du RGI) ne doit pas dépasser 8 kg/ha. Les légumineuses ont toutes la place pour se développer en fin d’été et automne, être détruits par le gel en hiver et/ou une fauche d’automne. Les résidus aériens ainsi que la destruction du système racinaire redonnent de l’azote pour la graminée au printemps. Les dérobées ainsi récoltées au printemps offrent un fourrage de qualité au troupeau, tout en servant de plantes de couverture et de pièges à nitrates durant la période hivernale. En inscrivant ces dérobées au bon moment dans l’assolement, on va pouvoir tirer le meilleur parti de la parcelle et éviter toute fuite d’azote dans le système.

L’agroécologie consiste à tirer le meilleur parti du milieu pédoclimatique sur lequel on se trouve. Je travaille avec beaucoup de polyculteurs-éleveurs et je constate que, bien souvent, il y a un clivage entre les surfaces dédiées aux cultures et celles consacrées à l’élevage. C’est vraiment dommage. Pour conserver une bonne fertilité sur l’ensemble de son exploitation, il est indispensable de concilier l’élevage et les cultures sur l’ensemble des parcelles.”

Pour aller plus loin sur l'élevage

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