• Panorama agroécologie

    Venez apprendre, approfondir
    et partager avec nous
    sur les systèmes agricoles de demain.

Village Agroécologique

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Innov-Agri et les Editions France Agricole organisent le "Village Agroécologique" dédié aux techniques innovantes.

Pour la quatrième édition consécutive, nous vous accueillerons au Village Agroécologique lors d'Innov-Agri. Des ateliers seront consacrés aux pratiques alternatives, sur lesquels vous pourrez parfaire vos connaissances techniques et agronomiques et rencontrer les meilleurs spécialistes français de l’agroécologie, du machinisme et de l’agronomie.

Venez apprendre, approfondir et partager avec nous sur les systèmes agricoles de demain.

Ce pôle agronomique et technique est situé au coeur du salon et accueillera des ateliers techniques, des démonstrations, des conférences et des cafés débats sur les sujets d’avenir que sont la conduite des sols (travail du sol, couverts végétaux d’interculture), des itinéraires culturaux innovants (couverts associés dans le colza, couverts permanents dans les céréales, mélanges fourragers, etc.), des techniques alternatives (binage, sursemis, semis direct, fertilisation), les nouvelles technologies de l’information, l’agriculture de précision, etc.

Retrouvez-nous sur les stands B10 & B11

Téléchargez le dossier 2016 au complet, + de 20 pages d'informations et de témoignages

Photo Agroecologie
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Planning des animations

  • Ateliers et café-débats

    Les ateliers et café-débats se dérouleront sur le stand du Village Agroécologique en B10 & B11

    Mercredi 6 septembre

    HorairesAnimateursIntitulésTémoignages / AteliersDémonstrations
    10h00 Matthieu Archambeaud Doper la fertilité de vos sols grâce à l'agriculture de conservation Agriculteur : Cyril Hamot Simtech
    11h00 Johanna Villenave-Chasset Biodiversité fonctionnelle Atelier Semences de Provence Sky
    12h00 Fabien Liagre L'Agroforesterie : outil de capitalisation et source de biodiversité Agriculteur : Alex Franc Weaving Machinery
    13h00
    Café-Débat
    Guillaume Favoreu, Claude Domenget Redresser son entreprise    
    13h15 APAD 5 minutes pour comprendre la dégradation des sols : démonstration du simulateur de pluie    
    14h00 Cédric Monprofit - RAGT Qualité du sol, fertilité et désherbage : choisir ses couverts et des dérobées fourragères Atelier Weenat, l'agronomie de précision au service de l'agroécologie Sly
    15h00 Karim Riman Le sol au service de l'agriculteur biologique Agricultrice : Mathilde Riom Vaderstad
    16h00
    Café-Débat
    Karim Riman Réussir sa conversion    
    16h15 APAD 5 minutes pour comprendre la dégradation des sols : démonstration du simulateur de pluie    

     

    Jeudi 7 septembre

    HorairesAnimateursIntitulésTémoignages / AteliersDémonstrations
    10h00 Matthieu Archambeaud Doper la fertilité de vos sols grâce à l'agriculture de conservation Agriculteur : Philippe Nouvellon John Deere
    11h00 Carole Merienne Pâturage Atelier Semences de Provence Carré
    12h00 Fabien Liagre L'Agroforesterie : outil de capitalisation et source de biodiversité Aurélien Cartes Horsch
    13h00
    Café-Débat
    Jacques Mathé Réussir dans les circuits courts    
    13h15 APAD 5 minutes pour comprendre la dégradation des sols : démonstration du simulateur de pluie    
    14h00 Cédric Monprofit - RAGT Qualité du sol, fertilité et désherbage : choisir ses couverts et des dérobées fourragères Atelier Carré, le désherbage robotisé Eco-Mulch
    15h00 Johanna Villenave-Chasset Biodiversité fonctionnelle Témoignage GABB 32 Sly
    16h00
    Café-Débat
    Jean-Paul Daouze Gestion du sol et machinisme    
    16h15 APAD 5 minutes pour comprendre la dégradation des sols : démonstration du simulateur de pluie    
  • Conférences

    Les conférences se dérouleront dans l'amphithéâtre situé en début d'allée B.
    Nous vous donnons rendez-vous 5 minutes avant l'horaire afin d'avoir l'assurance d'être assis, les places étant limitées.

    Mercredi 6 septembre

    HorairesIntitulésAnimateurs
    10h45 - 11h45 L'agroforesterie : 3 expériences réussies Fabien Liagre
    12h00 - 13h30 Zoom sur les résultats économiques, la situation financière, la viabilité, les facteurs de performance des entreprises en grandes culture bio... Karim Riman + Cer France Midi-Pyrénées
    16h30 - 17h30 Agriculture de conservation : 3 expériences réussies Matthieu Archambeaud

     

    Jeudi 7 septembre

    HorairesIntitulésAnimateurs
    12h00 - 13h00 Agriculture biologique : 3 expériences réussies Matthieu Archambeaud
    15h15 - 16h15 Pâturage dynamique Carole Merienne

     

  • Tables rondes

    Les tables rondes se dérouleront dans l'espace A02 en début d'allée A (stand La France Agricole).
    Nous vous donnons rendez-vous 5 minutes avant l'horaire afin d'avoir l'assurance d'être assis, les places étant limitées.

    Mercredi 6 septembre

    HorairesIntitulésAnimateurs
    10h00 - 11h00 La révolution numérique en agriculture Jean-Marie Séronie
    15h00 - 16h00 Les auxiliaires : comment les utiliser et les favoriser dans les parcelles cultivées ? Johanna Villenave-Chasset

     

    Jeudi 7 septembre

    HorairesIntitulésAnimateurs
    10h00 - 11h00 Les circuits courts, des aventures humaines tout autour du monde Jacques Mathé
    15h00 - 16h00 Numérique et agroécologie Camille Atlani-Bicharzon

     

Interviews de nos experts

  • Camille Atlani-Bicharzon
  • Matthieu Archambeaud
  • Hervé Pillaud
  • Jérôme Labreuche
  • Fabien Liagre
  • Gilles Sauzet
  • Joseph Pousset
  • Pierre Anfray
  • Cécile Waligora
  • Sophie Marçot
  • Françoise Néron
  • Jean-Paul Daouze
  • Camille Atlani-Bicharzon

    EDITO

    Par Camille Atlani-Bicharzon

    Comment définissez-vous l’agroécologie ?
    Voilà trois ans que je pose cette question dans toutes mes interviews. Lorsque j’ai commencé, la Loi d’Avenir pour l’Agriculture n’était pas encore adoptée et l’agro-écologie était loin de recevoir l’attention médiatique dont elle bénéficie aujourd’hui. Les réponses que j’ai reçues m’ont offert une grande diversité de définitions – aucune fausse, chacune s’arrêtant sur un aspect de ce vaste champ plutôt qu’un autre. Au fil des années (et encore dans les interviews qui seront publiées dans les semaines à venir), j’ai constaté avec intérêt que si les définitions variaient, un principe fondamental semblait s’imposer : l’agro-écologie consiste à favoriser des processus ayant cours spontanément dans la nature pour les mettre au service de la production agricole.

    Apporter naturellement de l’azote aux plantes cultivées grâce à l’installation de légumineuses, en couvert permanent ou en interculture (Matthieu Archambeaud, Pierre Sauzet, Jérôme Labreuche) ; apporter d’importants éléments nutritifs à ces mêmes plantes en faisant travailler les racines des arbres dans les parcelles (Fabien Liagre) ou la faune du sol par un apport de matière organique (Joseph Pousset, Pierre Anfray) ; lutter contre les ravageurs en réinvitant leurs prédateurs naturels sur les parcelles (Cécile Waligora)... Ces processus naturels ne manquent pas, ni les pratiques pour les favoriser.

    Pourquoi donc faire tout cela ?
    Là encore, les raisons diffèrent d’un praticien à l’autre. Pour certains, l’objectif sera de limiter l’impact de la production agricole sur l’environnement ; pour d’autres, il sera plutôt question de répondre à une demande de la société. Pour beaucoup cependant, le déclencheur est ailleurs. En effet, se lancer en agro-écologie permet de gagner en autonomie. Autonomie économique d’abord, puisque mettre en œuvre des processus naturels gratuits permet de réduire considérablement les coûts de production (en intrants, en mécanisation et parfois même en charge de travail). Mais aussi autonomie dans la conduite de son métier, car l’agro-écologie invite à trouver ses propres moyens, adaptés à sa situation et à ses désirs dans toute leur particularité.

    Cette réappropriation du métier d’agriculteur est un autre thème récurrent dans mes entretiens. Il y est souvent question du passage d’une certaine dépendance vis-à-vis du conseil extérieur à l’expérimentation et la diffusion de connaissances par les agriculteurs eux-mêmes. « L’agriculture passera d’une utilisation intensive d’intrants à une utilisation intensive de connaissances » nous dira Hervé Pillaud. L’acquisition et la mise en œuvre de ces connaissances demandent une autre approche de son métier, mêlant beaucoup d’observation et un apprentissage des mécanismes de son système. Dans ce contexte, comme nous le dira Sophie Marçot, « il est important d’accepter de toujours apprendre et progresser ».

    « Expérimenter est le propre du métier d’agriculteur » nous dira enfin Fabien Liagre. C’est aussi le propre de l’agroécologie. Loin d’être un retour en arrière, c’est une invitation à innover toujours et encore, que ce soit à l’échelle de ses parcelles, de son territoire, ou de ses filières. C’est une approche plus qu’un catalogue de techniques, un processus plus qu’un cahier des charges. Avant toute chose, c’est une démarche d’ouverture faisant place à chacun, dans toute sa spécificité. Le Village Agroécologique proposé cette année à Innov-Agri y a donc toute sa place. Il présentera des ateliers pratiques sur ces techniques innovantes, des conférences, des cafés-débats et des démonstrations de constructeurs. Ouvert à tous, il a été conçu comme un lieu de rencontre, d’échange et d’inspiration. Pour, toujours, continuer à innover.

  • Matthieu Archambeaud

    Propos recueillis par Camille Atlani-Bicharzon

    De plus en plus d’agriculteurs se tournent vers l’agriculture de conservation pour réduire leurs frais et gagner en autonomie. En quoi ce type d’agriculture permet-il justement de répondre à des problématiques rencontrées aujourd’hui par les agriculteurs?

    L’agriculture de conservation, qui est fondée sur la fertilité du sol, permet effectivement de retrouver un peu d’autonomie et d’être beaucoup moins fragile économiquement. En effet, qu’il s’agisse de techniques culturales simplifiées (TCS) où seule la surface est travaillée, ou de semis direct où les sols ne sont pas du tout travaillés, l’agriculture de conservation permet de réduire fortement les coûts à différents niveaux. Les coûts de mécanisation tout d’abord, qui représentent aujourd’hui un quart à un tiers des charges de production, pourront être réduits de 25% à 50% via la réduction de la puissance de traction nécessaire par hectare et donc, aussi, de la consommation de carburant. En second lieu, la réduction du travail du sol permet de réduire le temps et la charge de travail ce qui, dans un contexte de difficultés économiques, devient très intéressant.

    Par ailleurs, nous assistons aujourd’hui à une prise de conscience mondiale de la mise en danger de notre planète. Les questions qui se posent autour de l’agriculture sont notamment liées au changement climatique, à l’impact des pesticides sur l’environnement, à la qualité de l’eau, de l’air, des sols, de la biodiversité... L’agriculture de conservation, par son travail sur le sol et sa fertilité, permet non seulement de gagner en autonomie, mais aussi de répondre à cette préoccupation de la société : avec un sol qui fonctionne, il est possible de produire mieux, des produits de meilleure qualité, en polluant moins et donc en préservant l’environnement.

    Comment, justement, développer cette fertilité ? Le sol doit retrouver une organisation et un fonctionnement naturels, ce qui passe par la réduction – voire la suppression – du travail du sol, ainsi que par le développement de l’activité biologique. Cette dernière sera préservée et nourrie grâce à une couverture des sols d’une part, et par l’apport de matière organique, produite sur place ou rapportée sous forme de fumier ou de compost, d’autre part.

    Que recommandez-vous aux agriculteurs s’intéressant à ce type d’agriculture mais qui hésitent à « sauter le pas »?

    Pour toutes les raisons que nous venons de mentionner – réduction de la mécanisation, des intrants et de la main d’œuvre, amélioration de la sécurité économique de l’exploitation et préservation de l’environnement – c’est un type d’agriculture qui est assez séduisant. Cependant, sa mise en œuvre est assez pointue techniquement et il est nécessaire de passer par une phase d’apprentissage des systèmes et d’accompagnement de son sol, afin que l’agriculteur, les sols et le système co-évoluent vers ces nouvelles pratiques. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il ne faut pas forcément commencer par une réduction du travail du sol mais plutôt, dans un premier temps, par l’observation et la restructuration des sols ainsi que par le développement de l’activité biologique. Comment ? Grâce à la couverture continue des sols, que ce soit par des cultures ou des couverts. La première étape, d’après moi, pour se lancer en agriculture de conservation est donc la maîtrise de cette couverture continue. On pourra par exemple commencer par des couverts végétaux, d’hiver ou d’été ; passer ensuite sur des plantes compagnes, comme le colza associé ; puis aller jusqu’à une couverture permanente, comme des céréales sous luzerne ou trèfle par exemple, tels que seront présentés au Village Agro-écologique. C’est un processus graduel : plus la maîtrise de la couverture progresse, plus il est possible de complexifier son système.

    Les couverts d’inter-culture sont désormais une obligation réglementaire. Est-il possible d’en maximiser les bénéfices?

    Effectivement les couverts d’inter-culture sont désormais obligatoires dans toute l’Union Européenne, initialement pour répondre à un problème de pollution des eaux par les nitrates. Ces couverts peuvent aussi jouer un rôle de protection des sols contre la battance et l’érosion en hiver. Le problème, c’est que cela a été présenté comme une contrainte environnementale alors que cela peut être un outil important pour les agriculteurs. Pour en maximiser les bénéfices, il faut que chaque couvert soit un bon précédent pour la culture suivante. Par exemple un couvert fort en légumineuses – qui sont des plantes ayant la faculté de fixer l’azote de l’air dans le sol – aura une valeur fertilisante pour la culture suivante. Ce sont des plantes qui de plus sont assez faciles à détruire, notamment mécaniquement, et qui ne posent pas de problèmes de fibrosité ni d’encombrement des outils. En second lieu, il faut savoir que plus les couverts sont semés tard, plus il y a un risque qu’ils soient peu développés, résistants à l’hiver et difficiles à détruire au printemps. Il est donc essentiel de les semer très tôt en été, car c’est durant cette période sèche que les techniques de conservation des sols – semis direct et TCS – seront les plus intéressantes pour l’implantation.

    Comment définissez-vous l’agroécologie ?

    Pour moi, il s’agit de systèmes agricoles copiant les processus naturels afin d’en tirer une production maximale pour un coût minimal. Je parle bien sûr du coût économique, mais aussi en termes d’impacts sur l’environnement et la santé. Certains processus écologiques très efficaces et nous pouvons gagner beaucoup à les copier. L’agro-écologie n’impose pas de solutions clés en main, elle est fondée sur des principes et non des recettes. Chacun doit s’approprier ces principes afin de trouver ses propres solutions, adaptées à son terroir ainsi qu’à lui-même. Cela passe par une observation et une compréhension de son écosystème, mais aussi par la mise en réseau des individus et des idées. La diffusion de ces idées est très liée à l’ère internet, avant laquelle l’information ne passait que par les canaux officiels. L’arrivée d’internet a permis aux agriculteurs de non seulement avoir accès à l’information, mais aussi de devenir eux-mêmes producteurs et diffuseurs d’information.

    Vous lancez début 2017 un MOOC* sur l’agriculture de conservation et l’agroforesterie en partenariat avec Agroof. Quel en est l’objectif et que pourrons-nous y apprendre?

    Nous lançons effectivement avec Agroof un MOOC – ou plutôt un prototype d’université virtuelle – sur l’agro-écologie. Baptisé « i-cosystème » (pour écosystème de l’information, écosystème intelligent), il présentera des systèmes de culture innovants avec, dans un premier temps, deux formations : l’une sur l’agriculture de conservation et l’autre sur l’agroforesterie. L’idée de créer cette formation en ligne est partie du constat qu’il y a assez peu de spécialistes en France de ces systèmes, alors que ce sont des thématiques qui sont en train d’exploser.

    Nous sommes saturés tant la demande est forte : chaque année nous parvenons à toucher, bon an mal an, un millier d’agriculteurs français, quand de nombreux autres commencent à s’y intéresser. Ne pouvant pas nous démultiplier, nous avons pensé que le MOOC serait un bon support pour diffuser plus largement cette information.

    L’avantage que présente par ailleurs un tel support est qu’il sera possible d’apprendre à son propre rythme, avec des séries de courtes vidéos, des quizz et des documents. L’objectif est que ce soit un outil interactif pour découvrir l’agriculture de conservation, l’agroforesterie et tous les sujets auxquels ils touchent : le sol, son fonctionnement, sa gestion, les couverts végétaux, le semis direct, etc. En plus de cette dimension théorique, chaque formation sera accompagnée de « présentiel », c’est-à-dire des journées de terrain pour aborder la pratique au travers de visites d’exploitations et de tours de plaine aux champs.

    Au sein du Village Agro-écologique d’Innov-Agri, vous animerez un atelier sur les couverts végétaux, un café débat sur l’agriculture de conservation ainsi qu’une conférence sur le sol. Que souhaitez-vous y partager ?

    Les ateliers sur les couverts végétaux seront l’occasion d’aborder ce sujet de manière très pratique et concrète grâce, notamment, à des plateformes de couverts végétaux dans lesquelles nous pourrons observer les profils de sol. La conférence sur le sol sera une opportunité pour échanger, pendant une heure, autour de ce que sont un sol et sa fertilité, ainsi que sur leurs implications en agriculture. Enfin, le café-débat sur l’agriculture de conservation permettra de faire intervenir des témoins qui partageront leur expérience et avec qui il sera possible de discuter.

    Au-delà de mes interventions, nous avons réellement souhaité avoir une approche pratique plutôt que théorique pour ce Village Agro-écologique. Le pôle animation du village permettra de voir des exemples très concrets de couverts végétaux, d’agroforesterie, de semis ou encore d’associations de cultures, présentés par les meilleurs spécialistes français de ces domaines. Le format favorisera l’échange avec ces spécialistes qui pourront répondre à toutes vos questions. Les cafés-débats, eux, mettront l’accent sur le retour d’expérience en faisant intervenir des praticiens de longue date de ces types de systèmes. Enfin, les conférences seront un moment privilégié pour approfondir certains sujets en lien avec l’agro-écologie grâce aux interventions de nos experts. Parmi ces experts, nous pourrons retrouver Fabien Liagre, d’Agroof, spécialiste de l’agroforesterie ; Jérôme Labreuche, d’Arvalis, qui parlera de blés semés sous couvert permanent de luzerne ou de trèfle ; Gilles Sauzaie, de Terres Inovia, qui nous parlera de colza associé et peut-être de soja ; Joseph Pousset, spécialiste que l’on ne présente plus de l’agriculture biologique et de l’agro-écologie qui, lui, parlera des principes de bases de l’agriculture naturelle ; Cécile Waligora qui nous parlera de gestion de la faune auxiliaire, notamment face aux problèmes de ravageurs comme les campagnols que l’on retrouve un peu partout en France ; enfin, Pierre Anfray, entomologiste spécialiste du sol, nous présentera avec des loupes binoculaires la faune « invisible » – celle qui, contrairement aux vers de terres et aux gros insectes, est trop petite pour être visible à l’œil nu.

    Finalement, le Village Agro-écologique proposera un pôle machinisme qui présentera du matériel spécialisé – de semis direct, de strip-till, de binage – car ce sont des outils assez techniques dans leur mise en œuvre. L’entreprise RAGT, notamment, sera là avec toute sa gamme. Nous proposerons aussi des parcours, animés par Françoise Néron et Jean-Paul Daouze, pour découvrir les divers outils pouvant servir en agro-écologie.

    *MOOC : « Massive Open Online Course » ou formations en ligne.

    Pour aller plus loin :
  • Hervé Pillaud

    Propos recueillis par Camille Atlani-Bicharzon

    Hervé Pillaud, vous avez publié l’année dernière un livre qui a connu un grand succès: Agronumericus, l’internet est dans le pré. Pouvez-vous nous parler de ce livre et de son objectif?

    Ce livre était une commande des Editions France Agricole qui souhaitaient publier un ouvrage sur le rôle de numérique en agriculture. Au fil de mes recherches, j’ai réalisé que l’angle le plus intéressant pour aborder ce sujet était de montrer les changements anthropologiques liés au numérique, à la fois dans la vie globale et dans la vie de l’agriculteur. L’ouvrage porte donc moins sur la technologie que sur les changements de société liés à elle, car il existe réellement un « avant » et un « après » l’ère numérique. Il est essentiel que nous adoptions et domptions le numérique. Être réticent et méfiant à son égard revient à être dépendant de la machine, tandis que se l’approprier dans son intégralité permet de la dominer. Ceci est crucial car ce n’est qu’ainsi que nous pourrons saisir toutes les opportunités du numérique.

    Le livre contient cinq parties. Dans la première j’identifie les divers besoins de la société et des agriculteurs. Il me semblait naturel de commencer l’ouvrage ainsi car toute innovation doit correspondre à un besoin, sinon ce n’est qu’un gadget. Dans la seconde partie, je traite de l’aspect matériel du numérique et de ses outils, ainsi que des changements fondamentaux qui se sont opérés dans notre manière de communiquer. Internet, notamment, nous fait passer d’une communication descendante – de celui qui sait vers celui qui veut apprendre – au peer-2-peer où chacun peut partager des connaissances. Je parle ensuite du Big Data qui modifie la manière dont on stocke et traite l’information. C’est dans ce traitement qu’est son plus grand apport, car il permet de révéler des choses nouvelles, de prédire avec plus de précision, mais aussi de faire réagir plus vite. Enfin, j’aborde le lien entre les NBIC (nanotechnologies), la biotech et les sciences de l’information.

    Après cette partie très technique sur les changements de société liés au numérique, je parle de manière plus spécifique de ses impacts sur les agriculteurs dans la troisième partie. La quatrième partie traite du rôle du numérique dans l’émergence de nouveaux types d’agriculture. Notamment, du fait que l’agriculture passera d’une utilisation intensive d’intrants à une utilisation intensive de connaissances. Enfin, la cinquième partie de l’ouvrage propose quelques recommandations pour que ce passage se fasse en douceur. Le numérique impliquera forcément une rupture, mais il est possible qu’elle ne soit pas trop violente si nous l’épousons plutôt que la rejetons.

    Comment définissez-vous l’agroécologie et comment le numérique peut-il y contribuer ?

    L’agro-écologie consiste selon moi en trois éléments essentiels : l’arrêt du gaspillage, car il n’y a pas de déchets dans la nature où tout se recycle ; la montée en puissance du renouvelable à tous les niveaux ; et, comme je le disais, l’utilisation intensive de connaissances. L’agro-écologie est fondée sur la connaissance et elle ne peut donc selon moi se concevoir sans le numérique qui permet d’agréger, de traiter et de mettre en œuvre cette connaissance comme jamais auparavant. Le potentiel est énorme : nous pourrons demain inventer des services de partage en open-source de pratiques agro-écologiques, des formations en ligne pour accompagner la transition, la constitution d’une communauté de pratique dépassant même nos frontières... Le numérique, en lui-même, n’est pas un enjeu. L’agro-écologie, elle, en est un et nous devons utiliser le numérique pour la soutenir. En revanche, il ne s’agit pas de mettre le numérique en couche supplémentaire sur le changement ; non, il s’agit vraiment de changer d’échelle et d’utiliser le numérique pour le mettre en place.

    Nous pouvons donc aborder cette problématique de manière complètement nouvelle, car le numérique permet de passer d’une agriculture de cahier des charges à une agriculture d’objectifs et de résultats. Aujourd’hui, nous mettons en place des procédures lourdes dans l’espoir d’atteindre des objectifs, sans prendre en compte le fait que la nature évolue en permanence. Cela mène à de l’inertie, qui n’est pas un résultat satisfaisant au vue des objectifs. Grâce au numérique, nous pouvons travailler directement sur ces objectifs, de par la réactivité et l’agilité qu’il nous offre. Par ailleurs, les données auxquelles il nous donne accès nous permettent d’avoir une vision globale de la situation – et, donc, d’avoir une agriculture en adéquation avec son territoire.

    Quels seront demain les grands enjeux liés au numérique dans le monde agricole ?

    Le premier point important est celui du financement qui commence à être considérablement revu. D’abord parce que demain nous achèterons l’usage des outils et non plus leur acquisition. Ensuite parce que nous voyons émerger de plus en plus de consomm’acteurs : des personnes souhaitant s’impliquer dans leur consommation et qui sont prêtes à financer des services ou produits répondant à leurs attentes (par le biais, par exemple, du crowdfunding).

    La seconde question essentielle pour l’avenir est celle de l’autonomie des agriculteurs et là, il y aura bagarre ! Celui qui saura le mieux s’approprier l’outil numérique aura la main sur la valeur ajoutée du marché – et je préfèrerais autant que ce soit les agriculteurs. Pour cela, ils doivent s’approprier les outils numériques, mais aussi reprendre la main sur la communication. Il existe aujourd’hui une très forte demande du consommateur pour un contact avec les producteurs et je pense que nous l’abordons de la mauvaise façon. En effet, 85% des français sont bienveillants envers les agriculteurs et nous les ignorons pour justifier nos pratiques auprès des 15% qui nous critiquent. Ainsi, chacun campe sur ses positions : les premiers viennent avec leurs questions, les seconds avec leurs réponses, sauf que ce ne sont pas les réponses aux mêmes questions ! Il est essentiel que nous écoutions, que nous comprenions, puis enfin seulement que nous répondions à ces 85% de la population. Ce sont eux qui, au cours des cinquante dernières années, ont perdu le lien privilégié qu’ils avaient avec un producteur. Les réseaux sociaux peuvent nous aider à recréer du lien en passant d’une attitude de réaction à l’institution d’un vrai échange avec les consommateurs. Ce n’est qu’en utilisant ces réseaux virtuels que nous pourrons faire de ce lien une réalité dans la vraie vie.

    Vous présidez le salon Tech’Elevage qui a lieu tous les ans à La Roche-sur-Yon. Comment est venue l’idée de créer cet événement ?

    Le salon Tech’Elevage a été créé en 2013 dans l’optique de démystifier l’outil numérique et de présenter les apports possibles des nouvelles technologies dans l’élevage. Un an après son lancement, nous avons souhaité l’ouvrir au reste de la population et faire entrer de nouvelles compétences dans ce domaine. C’est ainsi que nous avons créé le concours Agreen’Startup, qui récompense chaque année des projets répondant à un besoin ou problème dans le domaine de l’agriculture et de l’innovation. Grâce à ce concours, nous voyons émerger une multitude de nouveaux projets autour de concepts que nous avons créés et dans lesquels nous sommes totalement intégrés. Parmi les beaux projets qui ont commencé chez nous, il y a Equilibre, BiAgri, Agriversity, Monpotager.com... Cette initiative donne donc vie à de nouveaux projets par un mode complètement design. Nous entrons ici véritablement dans la nouvelle économie, dans laquelle sont créés des outils correspondant à un besoin.

    À Innov-Agri, vous animerez une conférence sur les nouvelles technologies de l’information, ainsi qu’un café-débat sur l’élevage 2.0. Que souhaitez vous y présenter et que pourrons-nous y apprendre?

    Mon objectif principal sera de démystifier l’outil, car il est indispensable de dompter la machine pour ne pas en être esclave. N’y allons pas à reculons, acceptons de changer notre comportement pour tirer tous les bénéfices du numérique. Prenons l’exemple des évolutions dans la gestion du temps : avant, le temps d’un agriculteur était lié aux saisons et à la journée, nous pouvions nous arrêter de travailler un jour entier si le temps ne le permettait pas. Aujourd’hui, l’humain a séquencé son temps par rapport à la machine : il n’ y a rien de naturel à travailler à l’usine de 8h du matin à 5h du soir et l’emploi, ainsi fait, devient un asservissement de l’homme. Grâce au numérique, nous pouvons nous affranchir de cette conception du travail pour passer d’une vie séquencée à une vie globalisée. L’agriculture est certainement la dernière catégorie socio-professionnelle à avoir perdu cette approche transversale du temps. Pour la retrouver, nous devons entrer complètement dans le numérique et changer nos modes de fonctionnement.

    Le second élément que je tiens à faire passer à Innov-Agri est que le numérique n’est pas un objectif, mais un moyen pour répondre à des objectifs. Si l’outil numérique ne facilite rien, nous n’avons aucun intérêt à l’utiliser. Tout comme le tracteur a nécessité que nous changions notre manière de travailler pour qu’il nous permette d’aller plus vite, nous allons devoir nous adapter au numérique pour qu’il devienne un facilitateur. Je suis convaincu que lorsque l’on appréhende le numérique ainsi, une notion de plaisir revient dans le travail. En revanche, si nous essayons simplement de calquer l’outil sur nos pratiques actuelles, nous en devenons esclave. L’outil sert donc à répondre à des objectifs.

    C’est aussi un nouveau moyen de faire société commune, car le numérique va changer de manière fondamentale le fonctionnement de la vie de la cité. Les codes qui régissent la vie de la cité – donc la politique au sens noble du terme – sont bousculés par les nouvelles technologies. Encore une fois, le fait d’intégrer les nouveaux outils sans revoir ces codes créé une malaise dans la société. Il faut prendre toute la dimension du numérique pour pouvoir aborder la vie de la cité d’une manière totalement nouvelle. Pour donner un exemple non agricole : lors des attentats du 13 novembre, des personnes ont spontanément donné leurs adresses sur Facebook afin que les gens dans la rue puissent venir se réfugier chez eux. Une telle chose était inconcevable avant sur les réseaux sociaux et, pourtant, cela s’est fait tout naturellement. Si nous pouvons ainsi nous approprier l’outil pour innover dans une telle situation, nous pouvons aussi le faire ailleurs. La véritable démocratie participative, ce n’est pas celle que nous voulons orchestrer, mais celle qui vient naturellement, permise par les réseaux sociaux et le numérique. Ceci est vrai aussi dans les échanges agricoles car tout est devenu transparent : nous devons l’intégrer.

    Pour aller plus loin :
  • Jérôme Labreuche

    Propos recueillis par Camille Atlani-Bicharzon

    Quels retours d’expérience avez-vous d’agriculteurs en Région Centre cultivant sous couverts permanents?

    Cette pratique est encore peu répandue dans la Région. La plupart des agriculteurs la pratiquant sur une partie de leur exploitation sont en phase de test et d’apprentissage. Les premiers résultats de cette phase exploratoire montrent à la fois des réussites et des échecs. Un résultat encourageant est que, jusqu’ici, les rendements se maintiennent, malgré une diminution des apports en azote et herbicide. En revanche, nous constatons aussi quelques échecs, liés notamment à des couverts mal implantés ou au contraire trop développés et ayant des effets concurrentiels sur les cultures. Nous notons aussi, pour l’instant, des difficultés de désherbage puisque le couvert vivant dans la culture restreint l’usage potentiel des herbicides. Sur certains sites nous constatons aussi que les couverts perdurent difficilement au-delà de un ou deux ans, après quoi ils deviennent hétérogènes, éclaircis et n’apportent donc plus les bénéfices escomptés.

    Cette pratique demande beaucoup de technicité. Aujourd’hui, nous ne sommes pas encore certains que les contraintes techniques l’emportent sur les bénéfices. L’un de nos stagiaires réalise actuellement des enquêtes pour éclairer tous ces aspects.

    Quels en sont donc ses bénéfices supposés ?

    Le premier bénéfice supposé concerne la structure du sol, en particulier dans des sols de limons sableux hydromorphes. Naturellement, ces sols ne sont pas faciles à conduire en travail du sol réduit ou absent, comme dans le cas du semis direct. La présence de racines vivantes dans le sol pourrait donc en améliorer la structure et faciliter une réduction du travail du sol ; ce qui, à son tour, aurait un impact positif en termes d’autonomie des agriculteurs puisque les charges de mécanisation et d’énergie en seraient réduites. Grâce à cette amélioration de la structure du sol, les couverts permanents ou plantes associées pourraient aussi favoriser l’infiltration de l’eau en hiver et, donc, permettre d’avoir des cultures d’hiver en meilleur état. Des observations confirment déjà cela sur des colzas associés, ou sur du blé sur couverts permanents.

    Le second bénéfice supposé concerne la réduction de la fertilisation azotée puisque, bien sûr, la légumineuse en apporte naturellement dans le sol. Ce bénéfice n’est cependant pas automatique et dépend de la dynamique de croissance du couvert. Nous pouvons par ailleurs espérer concurrencer la levée des mauvaises herbes – à condition que le couvert ne devienne pas, lui-même, concurrentiel de la culture. Sachant qu’avec cette pratique le spectre des herbicides utilisables dans les cultures est restreint, nous n’y voyons pas encore très clair sur les bénéfices ou contraintes de la pratique vis-à-vis du désherbage. Enfin, chez les éleveurs, cela peut aussi permettre de produire du fourrage en interculture et donc de gagner en autonomie sur l’alimentation des animaux et même, pourquoi pas, d’un méthaniseur.

    En somme, nous avons encore besoin de prendre du recul et d’acquérir des références sur le sujet pour pouvoir estimer les bénéfices réels de cette pratique.

    Quels types de couverts recommandez-vous en Région Centre ?

    Nous recommandons essentiellement les légumineuses pérennes, en faisant attention à ce qu’elles soient adaptées au type de sol. Dans un terrain humide, nous éviterons par exemple les luzernes pour plutôt aller vers des trèfles – trèfle blanc, trèfle violet, voire même du lotier corniculé. Dans des sols plus séchants, nous pourrons aussi utiliser du trèfle blanc ou violet, mais les plus adaptés seront la luzerne et le lotier corniculé.

    Que recommandez-vous aux agriculteurs s’intéressant à cette pratique mais qui hésitent à sauter le pas ?

    Pour l’instant nous ne sommes pas dans la préconisation, mais bien dans l’observation et l’accompagnement des personnes qui, spontanément, voudraient se lancer. Nous tentons de donner à ces derniers des éléments techniques sur les effets possibles des couverts sur les cultures et sur comment les gérer – notamment, les herbicides utilisables ou les types de couverts présentant un intérêt particulier. Nous avons par ailleurs des recommandations formalisées sur les espèces, les densités de semis, la gestion des couverts dans les cultures mais il m’est difficile de vous donner un itinéraire technique « standard ».

    La Région Centre cultive du tournesol et surtout du colza. Les agriculteurs peuvent profiter de ces cultures pour y installer des plantes compagnes pérennes, pouvant par la suite devenir des couverts permanents ou semi-permanents. Il est par exemple assez courant d’installer une légumineuse en même temps qu’un colza. L’objectif est bien d’installer le couvert sans exercer de contrainte sur le colza, pour que ce couvert puisse bénéficier au colza mais surtout au blé suivant, voire même à une troisième culture dans la rotation.

    Comment définissez-vous l’agroécologie et comment le fait de cultiver des céréales sous couvert peut-il y participer ?

    Avec l’agroécologie, il s’agit de mettre en avant des processus écologiques pour tenter de remplacer les intrants de synthèse. Dans le cas qui nous occupe, nous pourrons faire travailler le couvert végétal pour essayer de remplacer certains intrants. L’amélioration de la structure du sol permet en effet de réduire ou remplacer le travail du sol ; la légumineuse fixatrice d’azote peut aussi réduire l’utilisation d’azote de synthèse ; dans certains cas, le couvert peut enfin jouer un rôle de perturbateur pour les bio-agresseurs au sens large – insectes, maladies ou mauvaises herbes – ce qui permettra de réduire l’utilisation de produits phytosanitaires. En théorie, donc, le couvert végétal rend certains services pouvant remplacer un certain nombre d’intrants. Cependant, la théorie peut être compliquée à mettre en œuvre. L’idée n’est pas forcément de remplacer totalement les intrants de synthèse, car de toute façon nous ne savons pas le faire aujourd’hui avec des couverts permanents.

    Vous animerez à Innov-Agri un atelier et une conférence sur la culture de céréales sous couvert permanent. Que pourrons-nous y apprendre ?

    Je souhaite partager les résultats de nos études sur les couverts permanents. Je parlerai notamment de comment installer ses couverts permanents, comment les gérer l’année qui suit, comment gérer la conduite du blé pour tuer – ou garder vivant – le couvert. J’aborderai aussi l’impact de ces couverts sur la culture de blé, mais aussi sur la rotation. Au moment d’Innov-Agri, nous aurons quatre années de recul sur ces expérimentations ce qui nous permettra de dresser un premier bilan de nos expériences.

    En plus de nos essais, les enquêtes que nous réalisons en ce moment impliquent des évaluations multicritères. Nous espérons ainsi pouvoir mesurer, de la manière la plus globale possible, les contraintes générées par les couverts végétaux, les bénéfices qu’ils apportent, ainsi que la conduite nécessaire pour obtenir les meilleurs résultats avec un minimum de contraintes.

  • Fabien Liagre

    Propos recueillis par Camille Atlani-Bicharzon

    Quels retours d’expérience avez-vous de projets agroforestiers en Région Centre ? Quels bénéfices les agriculteurs en retirent-ils ?

    Nous avons commencé à travailler en Région Centre il y a une quinzaine d’années avec une enquête pour évaluer l’intérêt des agriculteurs pour l’agroforesterie. À l’époque, 20% des personnes interrogées s’étaient dites intéressées. Quelques années plus tard, en 2006, nous avons recontacté ces personnes et la moitié souhaitaient concrétiser effectivement un projet agroforestier. Il existe donc aujourd’hui plusieurs projets d’agroforesterie dans la Région et les agriculteurs ont même créé l’Association d’Agroforesterie de la Région Centre, dont nous sommes membres. Cette association regroupe aussi bien des agriculteurs en bio, en conventionnel qu’en agriculture de conservation (40 agriculteurs membres, 28 projets agroforestiers installés dans la région et une quinzaine en préparation).

    L’intérêt initial des agriculteurs pour l’agroforesterie dépend bien sûr de leur projet d’exploitation, mais les arguments revenant le plus souvent sont la question des sols, la lutte biologique ou encore la qualité des produits (teneur en protéine des céréales, qualité de la viande, label qualité en maraichage…). Les projets dans la Région sont encore jeunes puisqu’ils ont débuté en 2007-2008, les bénéfices ne sont donc pas encore visibles dans tous ces domaines (notamment sur les sols). En revanche, les agriculteurs observent déjà des résultats significatifs sur la biodiversité. Dès la première année, la maillage agroforestier mis en place avec des bandes enherbées invite une biodiversité qui était jusqu’alors absente ou en régression dans les parcelles : des carabes, des cloportes, des araignées, des vers de terre... Tout cela a un impact très fort sur les processus d’humification des sols ou sur le contrôle biologique des ravageurs, ce qui représente un bénéfice important pour les agriculteurs.

    Que recommandez-vous aux agriculteurs s’intéressant à l’agroforesterie mais qui hésitent à sauter le pas ?

    Malgré les arguments agronomiques et écologiques en faveur de l’agroforesterie, les agriculteurs hésitent effectivement parfois à se lancer. La première raison de cette hésitation est l’habitude de travailler sans les arbres: planter des arbres au milieu d’une parcelle est à l’exact opposé de ce que nous avons appris depuis 50-70 ans. La tendance – que ce soit au niveau de l’école, du conseil, de la recherche ou de l’administration – a plutôt été de retirer les arbres ou de compliquer leur prise en compte (ex de la PAC…). C’était parfois à bon escient, puisque c’était beaucoup au moment du remembrement et il était nécessaire d’agrandir les parcelles pour optimiser le parcellaire. Ce que nous oublions souvent, c’est que toute une partie de la Beauce était entièrement couverte d’agroforesterie et ce sont des zones qui, aujourd’hui, sont complètement déboisées. Il y a des justifications agronomiques et écologiques à y replanter aujourd’hui des arbres, puisque le système de production y a été totalement artificialisé, avec des parcelles entièrement drainées qui ne peuvent maintenir le même niveau de rendement qu’avec un apport d’engrais minéral conséquent. Or le drainage pose aussi des problèmes en termes de stabilité des sols, d’érosion de surface et de coût d’entretien. Cela devient un coût à prendre en compte, tout comme les problèmes de résistance des ravageurs ou adventices aux produits de traitement. Si le souhait est d’aller vers des principes de gestion un peu plus doux, la question de l’arbre est envisageable, notamment pour son rôle de filtration et d’assainissement des parcelles sur le long-terme et pour son impact sur la fertilité des sols. Dans ce cas, on opte pour une stratégie d’optimisation de la marge brute par une meilleure gestion des charges, plutôt que pour une stratégie de rendement maximum mais avec un objectif de marge non garanti. Il s’agit de chercher à gagner plus en produisant mieux. Bien entendu, ce n’est pas systématique car cela demande de tester, d’apprendre et donc de prendre aussi des risques ; et de raisonner sur le long-terme dans un système qui privilégie le court-terme.

    Mon premier conseil aux agriculteurs souhaitant initier un projet agroforestier et d’en faire le test sur une partie de leur exploitation. Expérimenter est le propre du métier d’agriculteur – pour faire de la sélection variétale, pour améliorer la mécanisation... Un agriculteur qui n’innove pas est comme « mort » car il dépendra des conseils extérieurs, il n’innovera plus. J’ai suivi un grand nombre d’agriculteurs qui appliquaient souvent des recettes années après années, avec des conseils de structures pour les aider à doser les engrais ou les traitements. On perdait le sens de l’observation des sols, des auxiliaires, des plantes indicatrices, au profit des recettes et de la recherche des aides maximales. Sauf que nous avons perdu de vue que la rentabilité pouvait aussi se dégager dans une autre manière de travailler, en faisant plus d’agronomie justement. Il faut savoir se poser quelques temps et se poser les questions importantes pour son projet, notamment celle-ci : comment je travaillerais si je n’avais plus la PAC ou si le prix des engrais devenait une charge trop lourde ? Je ne dis pas qu’il faut tout arrêter, mais retrouver le sens de l’innovation qui est au cœur de métier de l’agriculteur. En agroforesterie, nous pouvons essayer un projet test sur 3-5% de notre surface pour voir ce que cela donne. À partir de là, je peux évaluer l’impact sur les rendements, les difficultés liées à la présence des lignes d’arbres sur la circulation des machines, etc. La première étape est de se familiariser avec l’agroforesterie, après cela, il est possible de lever un certain nombre d’idées reçues. Quasiment tous les agriculteurs qui se sont lancés dans la Région en 2007 ont replanté la même surface, voire le double de ce qu’ils avaient planté initialement, après 4 ou 5 ans.

    En deuxième lieu, il est vrai que l’attente ne joue pas en faveur ni du projet agroforestier, ni du projet de l’exploitation puisque les arbres mettent un certain temps à pousser. En hésitant pendant 5 ou 10 ans, c’est autant de retard que nous aurons au moment d’exploiter ces arbres et ce capital, ou de bénéficier des services rendus. Certains agriculteurs qui se sont lancés rapidement se retrouvent à l’âge de la retraite avec un capital de 2 000 à 5 000 arbres, avec une valeur sur pied pouvant dépasser le million d’euros. Cela prend tout de suite une autre tournure ! Que ce soit pour la retraite, la reprise par les descendants ou pour la revente.

    Un troisième argument est celui du changement climatique qui, lui aussi, se joue sur un temps long. Nous ne le voyons pas forcément d’une année sur l’autre mais c’est quelque chose qui sera vraiment impactant d’ici 20 à 40 ans. Le rôle de l’agroforesterie par rapport au changement climatique est un argument fort en sa faveur, surtout en terme d’adaptation des cultures et du système de production à ses effets, tels que les coups de chaleur, les sécheresses ou même les surplus d’humidité. L’arbre joue un rôle tampon et nous le constatons très fortement sur les vieilles parcelles agroforestières : à chaque sécheresse, les résultats sur ces parcelles sont bien meilleures que sur les parcelles de culture pure. Ici donc, c’est pareil : franchir le pas maintenant est une sorte d’assurance pour dans 20 ou 30 ans.

    Pensez-vous que le Plan National de Développement de l’Agroforesterie, lancé par le Ministère de l’Agriculture en décembre dans le cadre de son projet agro-écologique pour la France, peut donner une impulsion à cette pratique?

    C’est une question un peu délicate car très politique, même si je pense qu’il y a une volonté du gouvernement – en tout cas dans la communication – de favoriser l’agroforesterie. Dans les faits, l’agroforesterie n’est pas vraiment aidée, notamment au niveau du premier pilier de la PAC où nous avons même régressé puisque l’éligibilité est passée de 200 à 100 arbres à l’hectare. Dans la conditionnalité, les arbres sous toutes les formes (haie, vergers, linéaires) sont toujours considérés comme non productifs et compliquent les déclarations et les contrôles. À quand une conditionnalité non pas sur des critères de surfaces mais sur des objectifs agronomiques ? Ce Plan National présente un grand nombre d’actions, souvent intéressantes voire essentielles, mais aucun budget n’y est affecté, ce qui est tout de même limitant. Alors certes, le fait d’en parler peut donner un petit coup de boost. Par ailleurs, cela incite certains partenaires à travailler ensemble, ce qui est plutôt une bonne chose. Je suis par exemple engagé, à titre personnel, dans un groupe de travail sur les aspects juridiques de l’agroforesterie, notamment au niveau des contrats et baux ruraux. Sur cet aspect, nous avons besoin de clarifier la place de l’agroforesterie. Une telle collaboration ne requiert pas de gros budget et permet à différents acteurs – Ministère, Chambres d’Agricultures, etc. – de travailler ensemble sur des sujets particuliers, ce qui est plutôt positif. Au-delà de cela, je me pose de vraies questions sur l’impact réel que ce plan peut avoir. Je me dis parfois que si l’argent mis pour son élaboration et la communication était investi sur des groupes de travail efficaces, on avancerait plus vite sur le terrain. Mais c’est peut être un peu facile de dire cela !

    Comment définissez-vous l’agro-écologie et comment l’agroforesterie peut-elle s’y inscrire ?

    Pour moi, l’agro-écologie est une manière de produire en essayant de s’affranchir au maximum d’apports extérieurs, notamment en termes d’intrants, pour reposer la production sur des principes plus naturels et écologiques. Il s’agit donc de tirer partie des processus agronomiques et écologiques existant sur ses parcelles – au niveau du sol, du climat, de la biodiversité, etc. – pour devenir plus autonome vis-à-vis de l’extérieur. Nous avons beaucoup artificialisé notre manière de produire au cours des cinquante dernières années : nous faisions appel à un produit de traitement pour résoudre nos problèmes de ravageurs, nous cherchions une forme de mécanisation pour le travail du sol, nous faisions des « bilans NPK » pour la fertilisation... Pour moi, l’agro-écologie (bien que le terme soit un peu dévoyé) part de l’intention de donner un peu plus d’indépendance aux agriculteurs dans leur mode de production. L’objectif n’est pas un objectif de rendement mais d’amélioration de la marge à l’hectare. Un objectif qui n’est pas secondaire est de retrouver un sens noble au métier de l’agriculteur en faisant plus d’agronomie, d’innovation, d’échanges… Dans un réseau plus transversal et non pyramidal, où le chercheur trouvait, le technicien conseillait et l’agriculteur appliquait. Là, on travaille ensemble, ou en tout cas, c’est ce que l’on devrait faire !

    L’agroforesterie s’y inscrit tout à fait car elle peut participer à cette indépendance à bien des niveaux. Dans les processus de fertilisation, par exemple, l’arbre améliore les bilans carbone et azote organiques, est capable d’altérer sur le long terme la roche-mère pour en remonter des éléments minéraux et les rendre disponibles aux cultures. Il est aussi capable d’accueillir toute une faune d’auxiliaires pour répondre aux problèmes de ravageurs. Il faut savoir que le nombre de fleurs produites par 4 ou 5 arbres adultes peut être équivalent à un hectare de prairie, comme la PAC nous incite à en mettre au détriment des surfaces cultivées. De tels aspects entrent donc complètement dans une logique agro-écologique.

    Que désirez-vous présenter lors de votre atelier à Innov-Agri et que pourrons-nous apprendre lors de votre conférence ?

    Je souhaite aborder la complémentarité de l’arbre et des systèmes de production dans le contexte de la Région Centre. C’est une Région où la productivité est très variable avec des rendements allant de 60 à plus de 100 quintaux à l’hectare, donc y replanter des arbres pose effectivement quelques questions. Est-il pertinent de remettre des arbres dans des parcelles qui, historiquement, avaient beaucoup d’agroforesterie, mais qui sont aujourd’hui drainées quasiment à 100% ? Faut-il remettre des arbres dans les parcelles de la Sologne déjà si arborée par ailleurs ? J’aborderai donc ces sujets-là dans mes interventions : l’aspect productivité d’une part et, d’autre part, les contraintes liées au sol et les techniques de drainage en agroforesterie. Je m’appuierai sur des exemples d’agriculteurs en Région Centre, mais aussi sur une expérience menée à l’INRA de Nouzilly pour justement voir l’impact des arbres sur le drainage du sol, y compris en présence d’un drain artificiel. Dans notre atelier, des agriculteurs agroforestiers de la région Centre nous accompagnerons pour parler des objectifs des projets, de mise en place et de gestion, des perspectives régionales...

    Pour aller plus loin :
  • Gilles Sauzet

    Propos recueillis par Camille Atlani-Bicharzon

    Quels sont les bénéfices d’une association colza-légumineuse ?

    Avant toute chose, il est essentiel de dire qu’une association colza-légumineuse n’apportera des bénéfices que si l’implantation du colza est réussie. Il est donc indispensable de porter une attention particulière à la réussite de cette implantation pour bénéficier des services de l’association. Lorsque nous avons commencé nos essais il y a huit ans, nous avions un certain nombre d’objectifs et de questions sur les avantages supposés d’une telle association. D’autres questions sont aussi survenues en cours de route. Nos six objectifs de recherche principaux étaient de déterminer l’impact de l’association colza-légumineuse sur la structure du sol, la disponibilité d’azote dans le sol, la compétition avec les adventices, les insectes automnaux du colza, les risques d’hydromorphie et, enfin, l’intérêt sur le rendement en souhaitant que les risques de compétition colza/légumineuses soient non influents

    Le premier bénéfice d’une telle association concerne donc le sol. Nos régions céréalières présentent des contextes pedologiques argilo-calcaires, limono-sableux ou argileux dans lesquels les taux de matière organique sont assez faibles et où la qualité structurale du sol n’est pas toujours stable. Le fait d’augmenter la quantité de racines dans le sol et de changer le type de rhyzosphère doit faciliter l’amélioration structurale, porale et organique du sol. Pour ce qui est de l’azote, l’installation de couverts d’interculture et l’association de légumineuses à nos cultures enrichit bien sûr le pool d’azote et doit améliorer les quantités disponibles pour les cultures. Le colza, mais aussi les céréales suivantes, bénéficient donc d’une réserve azotée plus conséquente. La compétition vis-à-vis des adventices était, elle, un bénéfice pour lequel nous avions des incertitudes avant de commencer nos tests. Nous craignions notamment que le couvert entre aussi en compétition avec le colza, alors que cette éventuelle concurrence est sans grand risque dès lors que l’implantation du colza est réussie. En revanche, le fait d’augmenter la surface foliaire et la quantité de biomasse par mètre carré entraîne effectivement un phénomène de compétition avec les adventices pour l’eau, l’azote et la lumière. Nous réduisons ainsi la croissance des adventices, ainsi que le peuplement d’adventices à levée tardive.

    Concernant l’impact sur les ravageurs, nos démarches en expérimentation et en parcelles agriculteurs ont montré qu’un colza à croissance dynamique associé à une légumineuse type féverole réduisait nettement les dégâts des grosses altises et des charançons du bourgeon terminal à l’automne. Cinquième bénéfice, l’amélioration de la porosité du sol par un enracinement plus dense, ainsi que l’apport d’un type racinaire pivotant comme celui de la féverole limite les risques d’hydromorphie dans les zones présentant ce risque. Dans des parcelles très hydromorphes, l’association avec une féverole permet de préserver la qualité racinaire du colza qui soufre moins de l’asphixie. Enfin, la question de l’impact sur les rendements est évidemment importante pour les agriculteurs dans nos milieux où la pérennité du colza passe par une stabilisation du rendement à une valeur plus élevée qu’elle n’est pour l’instant. Si nous voulons que nos cultures restent compétitives dans ces milieux-là, il est indispensable d’en augmenter les performances globales, notamment en termes d’implantation, de contrôle des bio-agresseurs et de nouvelles fournitures l’azote. Dans des systèmes où les intrants ne répondent pas toujours à nos attentes, l’association permet non seulement des bénéfices écologiques, mais aussi une optimisation des performances du colza en termes de quantité et productivité.

    Quels facteurs doivent être pris en compte par les agriculteurs souhaitant se lancer dans cette pratique en Région Centre ?

    En premier lieu, il est indispensable de connaître à la fois la physiologie du colza et celle des légumineuses. En effet, nous devons intégrer dans nos colzas des espèces de légumineuses à croissance relativement rapide et plutôt des espèces estivales et des variétés de printemps. Nous souhaitons une croissance dynamique à l’automne mais l’absence de concurrence vis-à-vis du colza. Nous devons par ailleurs, autant que possible, utiliser des légumineuses qui gèleront pendant l’hiver pour éviter le désherbage chimique. Les espèces fleurissant avant l’hiver se dégradent ensuite, même en l’absence de gel. Il est très important que le colza soit dominant sur la parcelle au moins jusqu’au stade 4-5 feuilles. Il faut, pour cela, choisir des légumineuses à installation rapide mais légèrement plus tardive que le colza. Le colza doit être dominant sur la parcelle jusqu’au démarrage de sa phase de croissance dynamique. Toutes les légumineuses que nous utilisons à ce jour – lentilles, fenugrecs, trèfles d’Alexandrie, gesse, vesce, féverole, etc. – ont des croissances soit un peu plus tardives, soit vraiment plus tardives que le colza.

    Le quatrième élément concerne l’implantation pratique du colza et de la légumineuse, qui est une question fondamentale. N’oublions pas que la réussite de l’implantation du colza et de sa structure de peuplement sont indispensables pour que le système donne satisfaction; il ne faut en aucun cas que la légumineuse intégrée dans le semoir ne nuise à la qualité du semis de colza. Avec un semoir mono-caisse à une seule trémie, il est possible de mélanger le colza avec des graines de petite taille, telles que des lentilles, des fenugrecs ou des trèfles d’Alexandrie. Pour intégrer des variétés à grosses graines type féverole, il faudra soit un semoir à deux caisses, soit pratiquer le double-semis.

    L’association modifie les pratiques en matière de désherbage. Il faut notamment intervenir de préférence en post-levée, selon la précocité de levée des adventices; ou mettre en place des mesures agronomiques limitant la germination des adventices, telles que le semis à faible vitesse pour limiter le flux de terre. Enfin, nous avons intérêt à ce que notre colza associé lève relativement tôt, ce qui nécessite une réflexion sur la gestion de l’inter-culture, les travaux de préparation, en particulier les dates d’intervention. La croissance précoce du colza et de la légumineuse doit se faire dans des conditions de température et de rayonnement encore importants. L’expertise montre donc que le semis de colza-légumineuse doit s’effectuer avant le 1e septembre dans de nombreux cas. Nous pourrons le pousser jusqu’au 5 septembre dans les zones où il y a un apport de matière organique; il sera en revanche préférable de le faire avant le 20-25 août dans des situations argilo-calcaires quand les conditions hydriques seront favorables.

    Comment définissez-vous l’agro-écologie et comment la pratique du colza associé peut-elle s’y inscrire ?

    Jusqu’à maintenant la réussite en céréaliculture était fondée sur la réussite des intrants. Nous comptions sur une très bonne efficacité des intrants concernant la protection des cultures ainsi qu’une utilisation maximum des fertilisants apportés. Toutefois nous n’avons pas, tous les ans, une réussite totale de nos intrants. Par ailleurs, politiquement et socialement, la tendance est plutôt à la diminution d’utilisation de ces produits. Il est donc indispensable de mettre en place des cultures robustes et dont les performances ne sont pas liées exclusivement à la réussite des intrants. Nous devons ainsi penser à d’autres modes de lutte contre les bioagresseurs, à d’autres manières de garantir une croissance optimum de nos cultures, à d’autres leviers pour optimiser le comportement de la culture.

    Le colza associé peut être l’un de ces leviers : réduction du désherbage par compétition avec les adventices, réduction des insecticides grâce à son impact sur les ravageurs automnaux, réduction des engrais par l’amélioration du pool azote... Cependant, il faut selon moi aller plus loin si nous voulons réellement réussir ce passage vers une démarche agro-écologique. Nous devons entrer dans une démarche globale de changement au niveau du système de culture afin de favoriser des interactions positives et en des avantages écologiques. Intégrer le colza associé dans une exploitation juste pour un seul bénéfice n’a aucun sens. Il s’agit de l’associer à d’autres innovations dans notre système de culture, telles que les couverts d’inter-culture, le semis-direct, le strip-till, pourquoi pas l’allongement de la rotation... Le colza associé, à lui seul, ne transformera pas la situation – il faut être clair. C’est bien l’impact du changement de système de culture et du changement de pratiques de l’agriculteur qui permettra de tirer d’importants bénéfices. Cela doit impérativement s’inscrire dans une démarche globale qui favorise la qualité d’implantation des différentes cultures dans un contexte d’amélioration durable de la qualité du sol tant d’un point de vue physique, biologique que chimique.

    En revanche en revenant au colza associé, sa réussite passe par une implantation permettant une croissance dynamique et régulière jusqu’à l’entrée de l’hiver. Pour moi, nous ne pourrons pas entrer en agro-écologie si nous ne sommes pas capables de faire des plantes robustes et cela passe donc par une démarche agronomique très poussée. Prenons l’exemple de 2012 : les implantations étaient généralement ratées et nous n’avons jamais autant utilisé de pesticides pour des résultats médiocres. À l’inverse, en 2011, les implantations étaient réussies et nous en avons très peu utilisé. Avant de parler colza associé, il est donc indispensable de parler colza tout court : sa qualité, sa robustesse, sa capacité à lutter d’elle-même contre les bio-agresseurs de tous types. Ensuite l’association – et nous le constatons encore cette année – permet au colza d’être performant en plus d’être robuste.

    Que souhaitez-vous partager lors de votre atelier et de votre conférence sur le colza associé à Innov-Agri ?

    Mon exposé portera avant toute chose sur la réussite de l’implantation du colza, parce que sans une implantation de colza réussie nous ne retrouverons pas les bénéfices espérés de l’association. Je parlerai ensuite du choix des espèces pour pouvoir les adapter aux contraintes et aux contextes pedoclimatiques. Surtout, je souhaiterais faire passer que, certes, le colza associé présente des atouts pour la culture de colza mais qu’il est possible d’en tirer encore plus de bénéfices en l’intégrant dans une démarche plus globale de système de culture. Si nous voulons par exemple combattre durablement les adventices en diminuant les quantités de désherbant il nous faudra réfléchir à la rotation, à la succession des cultures, à la couverture du sol, aux alternances entre travail et non-travail du sol, etc.

    Le colza associé s’inscrit complètement dans une démarche d’évolution du système de culture et d’évolution des pratiques. Sans cette évolution des pratiques, il nous sera difficile de déplafonner le potentiel de nos cultures dans les régions où il est faible, tout en limitant notre utilisation d’intrants.

    Pour moi, les deux messages forts à faire passer sont donc : en premier lieu, la réussite de l’implantation de la culture pour qu’elle soit robuste ; puis le fait que le colza associé s’inscrit dans une démarche beaucoup plus globale d’évolution des systèmes de culture pour qu’ils soient complètement adaptés aux contextes pedoclimatiques et aux moyens de l’exploitation.

  • Joseph Pousset

    Propos recueillis par Camille Atlani-Bicharzon

    Céréalier dans l’Orne, cela fait près de 40 ans que vous pratiquez l’agriculture naturelle en utilisant votre exploitation comme « station d’expérimentation ». Quels principaux retours d’expérience pouvez-vous partager?

    Avant toute chose, il faut préciser que mon exploitation est particulière. Tout d’abord, elle couvre à peine 25 hectares, ce qui est très petit pour une ferme céréalière. Ensuite, elle n’est pas sur des terrains « à céréales », mais sur de petits limons argileux, plutôt médiocres, avec des mouillères et des cailloux... Il ne viendrait pas à l’esprit d’un agriculteur « normal » de pratiquer la culture céréalière spécialisée sur de tels sols. L’avantage, cependant, pour le vulgarisateur que je suis, est que les résultats de mes expérimentations ne peuvent pas être mis sur le compte d’une bonne qualité de terre. Si j’ai pu me permettre cela c’est grâce à ce travail de recherche et de vulgarisation qui assure une partie croissante de mes revenus.

    Cela posé, je peux résumer mon principal retour d’expérience ainsi : il est probablement possible de pratiquer une agriculture naturelle, sans intrants, de manière quasi-indéfinie. En effet, je n’apporte aucun élément extérieur sur mon exploitation depuis les années 90 – ni fumier, ni engrais, ni même aucun apport toléré par le cahier des charges bio – et j’obtiens une production modeste mais convenable. Pour qu’une ferme puisse vivre ainsi en autarcie complète, sans apports extérieurs, il est nécessaire d’actionner les mécanismes de la fertilité. Cependant je tiens à préciser que ceci est une expérience et pas forcément un exemple à suivre. Il me paraît en effet prudent de redonner au sol, si possible sous forme de matière organique, les éléments qu’on lui retire. Cela pose la question des recyclages.

    Comment, donc, activer les mécanismes de la fertilité ?

    Pensons d’abord à l’azote, abondant dans l’atmosphère : à peu près 75 000 à 80 000 tonnes d’azote pur au dessus de chaque hectare de terre. La nature sait valoriser cet azote au travers de deux processus : le premier, la voie symbiotique, met en jeu les bactéries vivant dans les racines des plantes légumineuses. Grâce à ces bactéries, le fait d’intégrer des légumineuses dans la rotation – sous forme de cultures, d’engrais verts ou même, parfois, de légumineuses spontanées – permet d’introduire dans le sol l’azote de l’atmosphère. La seconde voie, elle, est non-symbiotique dans la mesure où elle n’utilise pas des bactéries qui sont en symbiose avec des plantes, mais des bactéries « libres » qui ont cette même capacité de fixer l’azote. Certaines vivent à la surface du sol et d’autres, plus en profondeur. Celles qui nous intéressent sont les premières et notre objectif est de les favoriser grâce à l’apport de matières organiques placées à la surface du sol. Ces matières organiques doivent être de bonne qualité, non polluées, avoir un bon rapport sucres-cellulose-azote et être apportées au bon moment. Grâce à cet apport nous offrons le couvert aux bactéries libres. Nous leur offrons aussi le logis grâce à une bonne structure du sol qui permet à l’air et à l’eau de pénétrer, de circuler et donc à nos bactéries de s’abreuver et respirer.

    D’autres éléments du sol et de l’air peuvent être prélevés grâce à divers phénomènes. Utiliser des végétaux aux racines puissantes permet de remonter à la surface les éléments minéraux présents dans les couches profondes du sol, les rendant ainsi disponibles pour les autres plantes. La luzerne, le mélilot (qui sont de plus des légumineuses), les crucifères (qui récupèrent la potasse), sont des exemples de ce type « d’engrais vert » à enracinement profond, sans oublier les arbres. Ces plantes permettent par ailleurs de maintenir la structure du sol et, donc, le logis de nos travailleurs bénévoles. Pour attirer les éléments minéraux présents dans l’air, nous pouvons faire appel au « mécanisme d’Ingham », à peu pès inconnu des agronomes et qui met en œuvre les attirances électriques à partir de charges, généralement négatives, présentes sur la cellulose des végétaux. Ainsi, la matière organique apportée sur le sol attire les éléments minéraux présents dans l’air, qui viennent se coller à elle. Une pluie les décolle et les entraîne dans le sol, permettant aux racines des plantes de les absorber. Les aérosols marins apportent beaucoup de potassium...

    Voilà donc quelques exemples de mécanismes naturels qu’il est possible de mettre en œuvre pour que le sol fonctionne. Pour reprendre une analogie, nous pouvons aussi comparer un sol fertile à une usine avec des facteurs de base de production : des bâtiments (le couple sol-climat), une bonne main d’œuvre (l’activité biologique), une bonne clientèle (les plantes). Parmi cette clientèle, il y a les plantes qui sont cultivées pour être récoltées ou incorporées au terrain sous forme d’engrais vert ; mais aussi celles présentes sans que nous les invitions – les mauvaises herbes. J’ai pour habitude de les appeler « l’engrais vert du bon dieu » car, bien maîtrisées de sorte à ce qu’elles ne soient pas trop envahissantes, elles peuvent jouer un rôle positif sur la fertilité du sol. La maîtrise de la flore spontanée est le problème numéro 1 auquel est confronté l’agriculteur ne souhaitant pas utiliser de produits toxiques. Elle nécessite de mettre en place toute une stratégie pour réduire le stock de graines du sol, nettoyer les lits de semences ou encore sarcler convenablement. Elle met aussi en jeu la succession des cultures pour laquelle il est essentiel de prendre en compte l’équilibre du rapport sucres-cellulose-azote.

    Matthieu Archambeaud, dans son interview récente, vous a introduit comme « spécialiste de l’agro-écologie que l’on ne présente plus ». Quelle est votre définition de l’agro-écologie ?

    Pour moi, l’agro-écologie est un peu comme « l’agriculture raisonnée » ou « l’agriculture paysanne » : elle n’a pas de définition unique et précise et tout dépend du sens qui lui est donné au moment où l’on en parle. Evidemment, dans « agro-écologie » il y a agro et écologie, donc nous pouvons dire que c’est une agriculture qui cherche à faire fonctionner les mécanismes naturels pour obtenir une production satisfaisante avec un minimum d’intrants. À partir de là, il est possible de mettre la barre à différents niveaux. Les praticiens de l’agriculture de conservation font de l’agro-écologie, mais en utilisant aussi les traitements de l’agriculture de synthèse. C’est une approche tout à fait respectable, mais la mienne est différente : pour moi, l’agro-écologie correspond en gros à l’agriculture biologique, c’est-à-dire une absence de produits de synthèse et le respect d’un cahier des charges rigoureux. Chacun a donc sa définition de l’agro-écologie et il est important, pour quiconque en parle, de bien définir dès le départ ce qui est entendu par là afin d’éviter les incompréhensions.

    Parlez-nous un peu de cette double-casquette d’agriculteur et de vulgarisateur : est-ce un désir qui vous a toujours habité ?

    Oui, tout à fait. J’ai toujours eu des convictions quant à l’importance de protéger la nature et je les ai concrétisées dans le cadre de l’agriculture car je viens de là, c’est donc un milieu que je connais bien. Ces convictions sont fortes et il est donc naturel que je souhaite les partager, mais je ne veux pas les imposer. Ce point est très important pour moi. Imposer quelque chose équivaut à appuyer sur un ressort : tant que l’on appuie, le ressort est comprimé, mais dès que l’on relâche la pression il se détend. Ainsi, utiliser la contrainte ne fait évoluer les choses qu’en apparence, de manière artificielle ; bien souvent, au contraire, cela mène a piétiner voire à reculer, car cela provoque des réactions. Je préfère de loin convaincre les gens : ainsi, ils empruntent de nouvelles voies parce qu’ils pensent qu’elles sont bonnes. L’évolution est certes moins spectaculaire, les résultats ne seront pas forcément apparents au premier abord, mais au moins ils seront bien ancrés. Ceci dit la contrainte s’avère, hélas, parfois nécessaire...

    Que souhaitez-vous partager lors de votre intervention sur l’agriculture naturelle à Innov-Agri ? Que pourrons-nous y apprendre ?

    Je souhaite y exposer les principes de base d’une agriculture naturelle et faire réfléchir les participants sur la manière dont ils pourraient, peut-être, inclure cela dans leur pratique. L’agriculteur doit pouvoir vivre de son métier. Il ne touche pas de salaire, donc son revenu équivaut à la quantité de produits qu’il vend, multiplié par leurs prix unitaires, moins les charges. Nous subissons bien souvent les prix de vente fixés par des organismes internationaux dans lesquels nous sommes représentés mais avons assez peu de poids. C’est donc surtout au niveau des charges que nous pouvons avoir une action. Si nous parvenons à les diminuer sans pénaliser notre production, nous augmentons automatiquement notre revenu. C’est donc cela le message que je souhaite faire passer à Innov-Agri : il est possible de diminuer ses charges de production en faisant fonctionner les mécanismes naturels à son profit.

    J’ai aussi envie de dire que l’argent ne fait pas tout dans la vie, il s’agit aussi d’être satisfait de son activité car une vie humaine ne dure pas très longtemps et mieux vaut être heureux de ce que l’on fait pour se sentir bien. En tant qu’agriculteur il faut aussi pouvoir, dans la mesure du possible, satisfaire les demandes de la société. Actuellement, celle-ci demande d’augmenter la production pour nourrir la population croissante, sans polluer et en utilisant moins d’énergies fossiles dont les réserves diminuent. Produire plus sans polluer et avec moins d’énergie paraît antinomique car c’est justement grâce à cette énergie qu’au sortir de la guerre nous avons pu produire plus : nous l’avons utilisée pour fabriquer des engrais et des produits de traitement, pour faire fonctionner nos machines... Moins l’utiliser est un défi difficile, mais auquel il faut s’attaquer. Selon moi, faire appel aux mécanismes naturels en agriculture est une manière intelligente de relever ce défi. La nature sait produire en abondance : une forêt européenne produit 5 à 7 tonnes de matière sèche par hectare et par an, le double pour une forêt tropicale. Observer les mécanismes de cette nature et tâcher de les utiliser ou de les imiter paraît donc judicieux.

    Pour aller plus loin :
  • Pierre Anfray

    Propos recueillis par Camille Atlani-Bicharzon

    Pierre Anfray, vous êtes agro-écologue et spécialiste en biologie du sol. Sur quoi travaillez-vous exactement ?

    Je travaille sur l’étude globale de l’agroécosystème, en me concentrant plus particulièrement sur la faune que le sol contient. De la même manière qu’un naturaliste étudierait un paysage et ce qui le compose à grande échelle, j’étudie le sol et ses annexes, en recensant toutes les espèces qu’il est possible d’identifier. Le système-sol est un domaine dans lequel nous manquons cruellement de connaissances. Même avec les moyens sophistiqués d’aujourd’hui, nous ne sommes pas souvent capables de prévoir les processus bio-chimiques mis en jeu, ni leur état de fonctionnalité; ni, donc, leur incidence ou contribution réelle sur la dynamique fonctionnelle du sol à l’instant T. Et ce, même chez les bactéries et champignons pourtant très impliqués à tous les niveaux dans les processus biologiques. J’ai pour ma part choisi de me concentrer sur une approche globale incluant l'ensemble des populations faunistiques de l'ordre du millimètre au centimètre, comme par exemple les acariens, les collemboles, les cloportes, etc. Toutes les espèces possèdent un régime alimentaire assez spécifique, ce qui permet de s’en servir comme bio-indicateurs : leur présence dans le sol indique, par déduction logique, la présence d'une partie des ressources nécessaires à leur survie.

    J’ai commencé à travailler sur ces entités biologiques pendant mes études. En apportant de la matière organique à des systèmes qui en étaient dénués, j’ai constaté que leur taux de population augmentait de manière considérable. Cela avait, à son tour, un effet positif sur la réduction des maladies du végétal. Pour comprendre ces mécanismes du sol, une bonne façon de l’aborder est de s'inspirer du recyclage de la matière organique car toutes les espèces y participent, de manière directe ou indirecte. Certaines d’entre elles régiront la décomposition de la matière organique en surface, tandis que d’autres s’attèleront plutôt à la dégradation de la roche-mère, toutes deux relayées par des espèces mobiles transitant plutôt verticalement. Ensemble, elles parviennent à mettre un important panel d’éléments nutritifs à disposition des plantes cultivées, les rendant par là-même plus saines et robustes. Plus la diversité d’espèces présentes dans le sol est grande, plus ce cycle de disponibilité (que l'on pourrait nommer biodisponibilité) pour la plante pourra se faire dans de bonnes conditions.

    À la suite de ces études, j’ai poursuivi mes recherches afin de développer une stratégie de diagnostic me permettant de travailler avec et pour les agriculteurs. Je souhaitais revoir la manière d’échanger et mutualiser les connaissances dans ce domaine qui, aujourd’hui, est essentiellement réservé aux scientifiques. J’ai donc créé mon bureau d'études dans lequel j'ai monté un laboratoire pour être en relation directe avec les agriculteurs, dans le concret, et pouvoir répondre tout de suite aux problématiques qu’ils se posent. De plus, cela me permet de continuer indépendamment mes recherches et observations sur la faune édaphique, en lien avec des parcelles cultivées.

    Justement, parlez-nous de votre laboratoire, Agro-Logique. Pourquoi les agriculteurs font-ils appel à vous ?

    La première raison pour laquelle les agriculteurs font appel à moi est qu’ils souhaitent réduire leurs coûts de production et l'utilisation de produits phytosanitaires, deux éléments que le vivant est capable d'assumer en grande partie. Dans un premier temps, grâce à des analyses de sol, je détermine où en est l’agriculteur par rapport à la vie de son sol. En cela, je cherche notamment à savoir si l’alimentation des plantes est essentiellement due aux apports chimiques ou si le système est capable de s’autoalimenter et jusqu'où. La présence ou l’absence de certaines composantes dans le sol indique toujours quelque chose ; en mettant en relation ce diagnostic avec nos connaissances sur chacune des espèces et, plus globalement, des connaissances agronomiques et matérielles, il est possible de déterminer quelles pratiques pourront le mieux rééquilibrer la balance. À partir de là, j’accompagne les agriculteurs dans la mise en place d’un itinéraire technique adapté, avec entre autre l’apport de matière organique analysée et bien identifiée, pour mieux nourrir les espèces vivant dans le sol.

    Un sol vraiment dégradé auquel nous apportons de la matière organique est comme un humain dépourvu de système digestif : il est impossible, dans ces conditions, de dégrader puis filtrer les éléments nutritifs essentiels provenant de ce que nous ingérons. Pour l’homme, il faut commencer par régénérer sa flore intestinale ; pour le sol le raisonnement est le même, hormis que pour régénérer le système digestif complexe qu'est le sol (donc toutes les populations le constituant) il faut commencer par mettre en place une série de stratégies sans phytosanitaire et limitant au maximum les pratiques culturales. L’utilisation de produits phytosanitaires et le travail du sol sont les plus gros freins au développement d’un sol vivant. L’agriculteur aura beau faire tous les efforts du monde pour que son système tienne la route, des produits chimiques ou un « moulinage excessif » des premiers centimètres du sol, remettent systématiquement la pendule à zéro. Il s’agit donc de mettre en place des stratégies alternatives et naturelles intégrant l'animal et le végétal, tout en se basant sur des observations et expérimentations au champ. L'objectif étant que le système sous-sol/sol/air génère, sans l'apport de fertilisant chimique, des quantités de biomasse suffisantes et puisse ainsi s’autoalimenter en grande partie.

    Pour une couverture végétale donnée et ce qu'elle génère en termes de biomasses racinaires et aériennes, les taux de populations nécessaires pour que ce système complexe puisse s’autoalimenter seront de l’ordre du million d'individus au mètre carré (voire du milliard si l'on considère les espèces microscopiques). Malheureusement, de tels taux sont quasiment inexistants dans les sols conventionnels, bio ou non, hormis les prairies naturelles. Ils sont un petit peu plus élevés lorsque les sols cultivés sont gérés en agriculture de conservation, surtout sans aucun intrant chimique, grâce à la présence permanente de résidus végétaux en surface où, du même coup, il y a beaucoup moins de maladies. Il faut savoir que plus des sols seront dégradés, au sens physico-chimique du terme, plus ils seront longs à remettre en marche.

    Comment définissez-vous l’agro-écologie et comment cette attention portée à la vie du sol peut-elle y contribuer?

    Pour moi, l’agro-écologie est une manière de remettre en relation toutes les composantes biologiques d’une ferme – dont l’homme – au centre de la production végétale. Elle prend en compte tous les facteurs faisant fonctionner une ferme. J’ai essayé de dresser le bilan de tous ces facteurs, mais il y en a tellement ! Il s’agit donc de recadrer tous ces éléments qui vont réellement influencer le système de production et le simplifier.

    Par ailleurs, pour moi, l’agro-écologie ne s’arrête pas aux portes de la ferme. Dans mes essais sur des itinéraires techniques ou sur certaines pratiques nous allons, avec des partenaires, pousser l’expérimentation jusqu’à la consommation (la finalité). Par exemple, en travaillant avec un paysan-boulanger sur une culture de blé : à la fin des essais, nous réunissons quelques personnes autour d’une table afin de goûter les pains issus des différents itinéraires techniques expérimentés. Cela étant du court-terme, nous allons en faire de même avec un maximum d’espèces végétales. Cette démarche permet de mettre en lien tous les facteurs dont je parlais, de la biologie des sols jusqu’à la manière dont nous nous nourrissons. Un laboratoire travaillant sur la qualité nutritionnelle des aliments devra être sollicité pour tenter de déterminer l’impact d’un sol vivant sur les nutriments contenus dans les produits qui en sont issus, par rapport à un sol dégradé et à long-terme. Lorsque cela sera fait, nous aurons presque bouclé la boucle dans son intégralité !

    Il nous faut arriver à mettre autour d’une table scientifiques, agriculteurs, consommateurs et cuisiniers – tous les gens gravitant autour de cet élément fondamental : le fait de se nourrir. Lorsque nous arriverons à initier cet échange et à en tirer des lignes directrices pour travailler plus sereinement à l’avenir, nous aurons touché du doigt l’agro-écologie. À toutes les échelles, nous en revenons systématiquement à l’alimentation, que ce soit pour les organismes du sol nécessitant des plats diversifiés ou pour les humains, qui ont besoin de fruits, légumes et autres apports de vitamines et protéines pour être bien vivant et bien réfléchir.

    Que souhaitez-vous montrer lors de votre atelier sur la vie du sol à Innov-Agri? Que pourrons-nous y apprendre?

    Je pense amener des échantillons avec les moyens d'observation adéquats pour montrer toutes les composantes de la vie du sol qu’il est possible d'extraire ou d'observer au champ. C’est une démarche demandant une certaine rigueur scientifique, mais l’objectif ici est d'initier un premier pas pour les agriculteurs dans la découverte de la vie du sol. Je souhaite montrer qu’il y a quantité d'individus formant les populations du sol autre que les vers de terre, aisément visibles. Il ne peut y avoir de fertilité biologique sans toutes ces espèces « amont » – des nématodes aux petits mammifères et tout ce qui permettra de dégrader la matière organique et de dynamiser l'ensemble des populations microbiennes. Enfin, ce tout doit s'organiser dans un équilibre fonctionnel limitant l'apparition de pics de populations qui amènent certaines espèces à devenir prédatrices ou ravageurs.

    De nombreuses espèces du sol sont liées à la décomposition de la matière organique, d’autres ont essentiellement des relations proie-prédateur et ont donc un rôle dans le maintien de l'équilibre trophique. Rien ne se passe de manière linéaire, c’est le fruit d’une série de croisements et recroisements trophiques et du travail entre toutes les espèces constituant ce vaste réseau. Ces dynamiques alimentaires dans le système-sol font que toutes les espèces – de la microflore à la mégafaune, en passant par tous les intermédiaires – travaillent en synergie pour décomposer la matière organique et la rendre disponible aux plantes via les racines qui exploitent le réseau de galerie, en partie élaboré par certaines composantes de la faune du sol. Mon intervention à Innov-Agri sera donc axée sur ce recyclage de la matière organique. Je parlerai des éléments permettant que celui-ci se fasse dans les meilleures conditions possibles ; notamment, de comment favoriser le plus large panel d’espèces dans le sol.

  • Cécile Waligora

    Propos recueillis par Camille Atlani-Bicharzon

    Sur quels ravageurs travaillez-vous et comment la faune auxiliaire peut-elle aider à lutter contre ceux-ci ?

    Il est tout d’abord intéressant de comprendre pourquoi certains animaux deviennent des ravageurs car ils ne le sont pas de fait, c’est lorsque leur population devient trop importante (au-delà d’un seuil dit, de nuisibilité) qu’ils se transforment en menace. Ils ne sont plus contrôlés par leurs prédateurs (ennemis) naturels. C’est la loi prédateurs-proies : moins il y a de prédateurs naturels sur un territoire, moins leurs espèces proies sont contrôlées et donc, plus elles se multiplient ; c’est à ce moment-là qu’elles peuvent devenir ravageuses. Pour qu’une prédation (et donc un contrôle) soit efficace, il faut qu’il y ait toujours un minimum de proies sur le territoire. En réalité, il faut un peu de tout : un peu de campagnols, un peu de renards, de petits mustélidés, de chouettes, de buses... Ce n’est que comme cela qu’un équilibre peut se créer et qu’il est ainsi possible d’éliminer cette notion de ravageurs.

    Pour ma part, je me suis surtout attelée à deux ravageurs principaux qui font de plus en plus de dégâts depuis quelques années : le campagnol des champs et le rat taupier, aussi appelé campagnol terrestre. Mon propos est de favoriser des alternatives aux méthodes chimiques ou de piégeage qui ont certaines conséquences sur la faune auxiliaire. Pour cela, nous allons nous faire aider gratuitement par ces fameux auxiliaires – donc, ici, les prédateurs des campagnols. Dans le spectre des auxiliaires de culture, nous parlons beaucoup des organismes de petite taille – les carabes contre les limaces, les coccinelles contre les pucerons... Je m’intéresse pour ma part à ceux dont on parle moins, les animaux avec des poils et des plumes qui sont des prédateurs naturels tout aussi importants. Parmi ceux-ci nous trouvons les renards, les petits mustélidés tels que les belettes, hermines, fouines, blaireaux ; mais aussi les rapaces, tant diurnes – les buses ou faucons, surtout le faucon crécerelle, ou les busards très présents en céréaliculture – que nocturnes, tels que les chouettes et les hiboux. Mon objectif est donc de revaloriser cette faune qui est extrêmement utile pour répondre aux problèmes de campagnols, puisque ces derniers représentent au moins 50% de leur régime alimentaire – parfois même beaucoup plus. Nous n’imaginons pas l’impact qu’ils peuvent avoir sur les populations de rongeurs, à partir du moment où on les laisse « faire leur travail »

    Que recommanderiez-vous à un agriculteur qui souhaiterait favoriser cette faune utile dans ses parcelles ? Par où commencer ?

    Pour que la faune utile s’installe, il faut que l’environnement proposé lui convienne. Parfois, la première chose à faire est de ne rien faire ! Certaines parcelles agricoles peuvent, par exemple, contenir des petits bouts biscornus – un coin herbeux, un bosquet, un arbre, etc. – qu’il faut impérativement laisser. Ceci est la première étape, la plus simple. Ensuite, de plus en plus d’agriculteurs mettent en place des perchoirs dans leurs parcelles pour réinviter les rapaces, diurnes ou nocturnes. Il s’agit d’un simple piquet en bois ou en métal placé là où les dégâts par les rongeurs sont les plus forts. Il est aussi possible de mettre en place des nichoirs à chouettes (effraies ouchouettes chevêches) et, pourquoi pas, à faucons crécerelles. Ici encore, c’est assez simple, il suffit de se rapprocher des associations locales de protection de la faune sauvage ou de protection des oiseaux. Il est aussi possible de les construire soi-même en regardant comment faire sur internet, ou encore de les acheter. Ces structures vont attirer les rapaces car elles faciliteront leur action de chasse. S’ils n’ont nulle part où se percher pour pouvoir chasser, ils iront voir ailleurs, quand bien même il y aurait à manger sur le site. Donc l’objectif, ici, est bien de fixer les prédateurs sur un site afin qu’ils régulent ces populations de rongeurs.

    Quels autres éléments pouvons-nous mettre en place ?

    Pour aller plus loin, il faudra recréer de la biodiversité dans son ensemble au niveau de son parcellaire pour réinviter cette faune prédatrice. Le milieu doit être propice à l’accueillir : il doit y avoir suffisamment de nourriture sur place pour qu’elle puisse se nourrir, des espaces où elle pourra se loger et, encore mieux, se reproduire. Un autre point que nous oublions souvent, c’est qu’elle doit aussi pouvoir circuler – et se sentir – en sécurité. C’est un problème dans de nombreuses régions où ce que nous appelons les infrastructures agro-écologiquess – les haies, les arbres, les bosquets, les mares – ont été supprimées. Nous sommes ainsi face à de grandes étendues de parcelles agricoles, de dizaines à centaines d’hectares d’un seul tenant, où il n’est pas possible d’accueillir cette faune car elle n’y serait pas en sécurité. Appelés open fields en anglais, ce sont eux qui ont en grande partie favorisé la multiplication des rongeurs faute de prédateurs naturels.

    Il faudra donc remettre en place ces infrastructures agro-écologiquess qui accueillent une biodiversité dont on ne se doute pas ; nous pourrons par exemple planter des arbres, aménager des points d’eau, entretenir et développer des haies. En revanche, il faut savoir qu’une haie toute seule au milieu d’un open field ne sert absolument à rien. Tout la faune, notamment le petit gibier, va s’y concentrer et c’est là que nous aurons des problèmes car les prédateurs, en essayant de s’y cacher aussi, tomberont sur la malheureuse perdrix qui n’en réchappera pas. C’est pour cela que le renard a mauvaise presse et cela se comprend. Pour réinviter la faune prédatrice il est essentiel qu’il y ait une continuité dans les infrastructures, qu’elles soient en lien les unes avec les autres – c’est ce que l’on appelle les corridors écologiques. Remettre en place ces corridors qui ont disparu de beaucoup de régions est effectivement un peu plus compliqué car cela a plus de poids avec une action collective. Certains agriculteurs implantent de telles infrastructures à l’échelle de leur parcellaire, mais il est certain que, pour assurer des continuités, ce sera plus efficace sur un territoire étendu. Certains outils ont été mis en place, notamment lors du Grenelle de l’Environnement, telles que les Trames Vertes et Bleues ; mais il faudrait que ce soit réalisé à des échelles bien plus grandes pour que cela soit vraiment efficace. Restons cependant positifs : de plus en plus d’articles apparaissent dans la presse ou les réseaux sociaux pour parler de cette faune, ce qui est tout de même de bonne augure.

    Enfin, un élément très important et sur lequel nous nous trompons souvent, est l’entretien des bords de champs – les fossés, les talus, les bandes enherbées qui sont broyés ou fauchés. Ceux-ci sont souvent bien trop entretenus et aux mauvais moments, notamment en avril-mai qui est justement la période de reproduction de nos auxiliaires. S’il faut entretenir, mieux vaut le faire en automne ou en hiver, mais surtout pas lors de cette période cruciale de reproduction.

    Comment définissez-vous l’agro-écologie et comment la gestion de la faune utile peut-elle s’y inscrire ?

    Pour moi, l’agro-écologie implique de se réapproprier les principes de fonctionnement des écosystèmes en général et, plus particulièrement, des agroécosystèmes. Ces derniers offrent des services, efficaces pour peu que nous les laissions se mettre en place et agir – ce sont les fameux services écosystémiques. La faune utile des bords de champs peut justement rendre de tels services si nous remettons en place les équilibres proie-prédateur. Nous avons cassé ces équilibres en modifiant l’habitat naturel de ces animaux ; et nous nous sommes passés, du même coup, de tous ces services écosystémiques qui sont pourtant présents et ne demandent qu’à s’exprimer, gratuitement.

    Que souhaitez-vous montrer lors de votre atelier à Innov-Agri 2016 ? Que pourrons-nous y apprendre ?

    Je souhaite tout d’abord parler de ces ravageurs que sont les campagnols, puisque je m’appuie sur cet exemple. À partir de là, j’aimerais expliquer le fonctionnement des cycles de pullulation et comment ces cycles sont liés aux prédateurs naturels des campagnols. Il est essentiel de montrer qu’il existe énormément d’espèces animales se chargeant naturellement de réguler ces populations, pour peu que nous les laissions s’exprimer et vivre sur un territoire. Il y aura aussi un nichoir et un perchoir, dont nous pourrons discuter. Je donnerai quelques astuces sur comment les fabriquer et les implanter soi-même car il y a certaines règles à respecter : les dimensions et formes selon les espèces, les critères à favoriser pour choisir l’emplacement, etc. J’apporterai par ailleurs des pelotes de réjection de rapaces (des amalgames de résidus de nourriture qu’ils ne peuvent pas digérer naturellement) qui, si trouvés au pied d’un perchoir, sont des indices de présence de ces auxiliaires.

    Pour aller plus loin :
  • Sophie Marçot

    Propos recueillis par Camille Atlani-Bicharzon

    Vous êtes l’auteur de J’ai décidé de gagner du temps publié aux Editions France Agricole l’année dernière; Yves Le Guay, qui animera une conférence avec vous à Innov-Agri, est lui l’auteur de Vivre et travailler en équipe, un GAEC sur le vif (GFA Editions, 2015). Autour de quels sujets vos deux ouvrages se retrouvent-ils?

    Nos ouvrages se retrouvent car ils traitent tous deux du thème humain dans les exploitations. Lorsque nous parlons d’agriculture, il est souvent question d’économie et de technique mais nous avons tendance à oublier tous les hommes et les femmes – qu’ils soient associés, salariés, chefs d’exploitation, apprentis ou stagiaires – travaillant sur les exploitations. Dans son livre, Yves Le Guay aborde le thème humain plutôt sous l’angle de la relation de groupe, tandis que mon ouvrage le traite surtout sous l’angle du temps et des conditions de travail. Les deux sont cependant liés, puisque Yves parle aussi du temps de travail dans son ouvrage et je parle aussi du groupe dans le mien. Nous parlons par ailleurs tous deux de l’optimisation du capital humain en promouvant des leviers pour pérenniser la ressource humaine dans les exploitations.

    Quels sont les principaux enseignements de votre ouvrage ?

    Le premier est que ce sont les hommes et les femmes travaillant sur l’exploitation qui font, avant tout autre chose, la réussite du projet. Le fait qu’un projet marche ou non ne dépend pas forcément des machines ou des bâtiments, mais plutôt des choix que ces personnes font par rapport aux investissements dans la ressource humaine et vis-à-vis de toutes les ressources de leurs exploitations. Il est donc indispensable de préserver cette ressource de main d’œuvre et de ne pas la percevoir comme un investissement – notamment dans le cas les salariés – mais comme un moyen de production et de motivation. Pour moi, il est absolument crucial que les hommes et les femmes travaillant sur l’exploitation soient en pleine forme et épanouis, pour qu’ils puissent faire les bons choix et réussir leur projet.

    Le second élément est que lorsque quelqu’un souhaite changer, la première étape est de savoir où il veut aller avant de savoir comment il veut y aller. Sur l’organisation du travail notamment, l’objectif n’est pas de piquer une idée dans un catalogue de solutions comme nous pouvons en voir. Il s’agit avant tout de savoir quel problème nous rencontrons, quel objectif nous souhaitons atteindre, afin seulement de décider comment nous allons l’atteindre et quels changements de pratiques ou investissement nous pouvons faire. J’insiste beaucoup dans le livre sur cette nécessité de clarifier l’objectif avant de choisir les actions à mettre en œuvre. Deux agriculteurs débordés auront des objectifs différents et, donc, des pistes d’amélioration différentes à trouver.

    Le troisième point est qu’il y a beaucoup de choses à faire pour optimiser sa situation initiale avant d’investir dans de la mécanisation, ou d’embaucher, ou de s’associer. Il faut regarder ce que les agriculteurs ont déjà sur leurs exploitations et supprimer le temps qui ne génère pas de valeur ajoutée, par exemple, avant même de chercher à faire des investissements. Une grande partie du livre est donc dédiée à l’optimisation de l’existant, avant de traiter de mécanisation, de délégation ou autre.

    C’est un ouvrage très pratique, issu du terrain. Dans mon activité, je voyais effectivement beaucoup d’agriculteurs sur le terrain qui trouvaient plein de solutions pour gagner du temps ; mais j’en voyais aussi beaucoup qui en cherchaient. J’ai donc souhaité les mettre en lien au travers de ce livre. C’est pour cela qu’il contient beaucoup de témoignages et d’exercices : bien loin de la théorie, ce qui s’y trouve est le fruit de mes observations sur le terrain depuis plusieurs années. C’est un livre pour le terrain, créé sur le terrain.

    Quels sont les principaux enseignements de l’ouvrage d’Yves Le Guay ?

    Le livre « Vivre et travailler en équipe, un GAEC sur le vif » raconte douze ans de la vie d’un groupe et met en évidence quelques aspects cruciaux, utiles à tout collectif : les relations avec l’environnement social (familial notamment) et professionnel, l’autorité dans le groupe, l’objectif partagé, la place de chacun, la régulation des tensions. Ici encore, l’humain est le fondement de tout projet collectif.

    La bonne entente est nécessaire à l’harmonie du groupe, à la reconnaissance et à l’épanouissement de chacun et, en plus, elle est nécessaire à la réussite performante et durable de l’entreprise. Tout le temps et l’énergie dépensés en frustrations, bouderies, querelles, conflits de territoire et luttes de pouvoir, tout ce temps et cette énergie gaspillés ne sont pas disponibles pour l’activité productive.

    En ces temps difficiles et incertains pour beaucoup d’agriculteurs, le collectif à taille humaine est de plus en plus nécessaire mais sa réussite dépend de la qualité des relations entre les personnes. Celles-ci sont fragiles et demandent du soin et de l’attention au quotidien. C’est ce système de santé du groupe qu’Yves présente dans le livre, en s’appuyant sur le vécu de terrain. Un message d’espoir.

    Comment définissez-vous l’agro-écologie et comment ce thème humain s’y inscrit-il ?

    Pour moi l’agro-écologie est une démarche de cohérence : cohérence entre les pratiques des agriculteurs et le sol, le climat, les ressources utilisées, les objectifs poursuivis... De la même manière, nos livres traitent en réalité de comment mettre en cohérence le capital humain avec les autres ressources de l’exploitation. Par ailleurs, tout ce que nous abordons dans nos ouvrages – travailler sans gaspiller de temps, communiquer efficacement dans son GAEC, définir des objectifs communs, bien manager son salarié – sont finalement des manières de gérer durablement la ressource humaine de l’exploitation. En d’autres termes, travailler sur tous ces facteurs est une façon d’appliquer les principes de l’écologie à son groupe et à soi-même. Est-ce que tout ce que je fais me respecte moi, ma santé physique et ma santé mentale ? Est-ce qu’en limitant le stress, en travaillant dans de meilleures conditions, en communiquant plus sereinement avec tous ceux qui m’entourent – mes salariés, mes associés, ma famille, mes voisins – je ne chercherais finalement pas à avoir une relation que l’on pourrait considérer d’écologique avec moi-même et avec les autres ? Personne ne travaille vraiment seul. Il s’agit donc, d’une certaine manière, d’appliquer ces principes écologiques à notre écosystème, de respecter les personnes qui nous entourent et de chercher un équilibre convenant à tous.

    Pour être pérenne, tout groupe – qu’il soit constitué en GAEC, CUMA ou autre – doit se questionner sur le sens donné au collectif, sur comment travailler ensemble et comment communiquer. Il en va de même pour les GIEE que j’accompagne, qui sont souvent constitués autour d’un objectif d’investissement, que ce soit en méthanisation ou en gros équipements. Ces groupes ressentent souvent une petite pression liée au fait que c’est un statut nouveau, avec des enjeux d’investissement parfois importants et une certaine attention médiatique. Il est donc indispensable que ces collectifs agricoles aillent au-delà de l’objectif d’investissement pour se questionner sur le sens de leur groupe, qu’ils soient épanouis et fonctionnent durablement pour que les projets ne périclitent pas à cause de problèmes humains. L’investissement ne doit pas être l’unique but du groupe travaillant sur l’agro-écologie, il doit aussi y avoir une vision plus globale pour que ce soit pérenne.

    À Innov-Agri, vous animerez avec Yves Le Guay une conférence intitulée Dix clés pour une exploitation humainement vivable et durable. De quoi souhaitez-vous parler et que pourrons-nous y apprendre?

    Nous parlerons de thèmes issus de nos deux ouvrages, donc cinq points chacun nous semblant essentiels pour vivre et travailler sereinement et durablement sur son exploitation, seul ou en groupe. Cela inclut des thèmes liés à la personne elle-même : comment optimiser son temps de travail, comment prendre du recul et se ménager du temps pour soi, comment organiser son bureau, etc. ; mais aussi des thèmes liés à sa relation avec les autres : comment s’engager dans un projet collectif et lui donner du sens, comment définir des objectifs et des règles de fonctionnement, comment communiquer... Nous souhaitons donc nous adresser à la fois aux personnes en tant que personnes et en tant que membres de groupes.

    Notre objectif est d’encourager les agriculteurs et collectifs agricoles à s’ouvrir à ces sujets pour les aborder sereinement au quotidien, car ce ne sont finalement pas des choses que nous apprenons à l’école. Nous aimerions faire passer qu’il est important d’accepter de toujours apprendre et progresser, que ce soit à 25 ou 55 ans. Ce n’est pas parce que nous n’avons jamais fait de réunions dans notre groupe qu’il n’est pas possible de commencer à en faire. Il est important d’être ouvert à ce genre de choses qui pourraient donner plus de sens au groupe, ou le rendre plus épanoui. L’idée est donc d’inciter les gens à travailler sur tous ces éléments pour être plus épanouis au travail, travailler dans de meilleures conditions et, donc, avoir un groupe ou une exploitation plus durable et vivable du point de vue humain.

    Pour aller plus loin :

    Sophie Marçot

    Yves Le Guay

  • Françoise Néron

    Propos recueillis par Camille Atlani-Bicharzon

    « Une passion pour l’agriculture »

    Ingénieur en agriculture, Françoise Néron est enseignante. Au gré des réformes, elle a assuré des cours de productions animales, productions végétales et économie agricole, le tout en relation étroite avec les agriculteurs. Elle est l’auteur de deux ouvrages : Petit précis d’agriculture (2014) et Mémento d’agriculture (2016) aux Editions France Agricole.

    • La formidable capacité de l’agriculture à s’adapter aux évolutions du monde moderne
    • Le nouvel enjeu de l’agriculture : concilier production et respect de l’environnement
    • L’agro-écologie : à la fois un retour aux sources et une incroyable modernité
    • Semenciers et fabricants de fertilisants : des acteurs de premier plan dans cette mutation

    L’évolution du monde agricole

    L’agriculture d’aujourd’hui est façonnée par une histoire plus que millénaire mais tout s’est accéléré au cours de ces 60 dernières années. Pour comprendre ce que nous vivons en 2016 il faut se replonger dans cette histoire. La création de la CEE en 1957 s’est faite dans une période de sous-production. Les premières PAC ont promu la productivité à tout prix. Puis la surproduction est survenue en même temps que les problématiques environnementales émergeaient timidement. Petit à petit la raison d’être fondamentale de l’agriculture s’est profondément et durablement modifiée. Le passage d’une agriculture uniquement productiviste à une agriculture qui doit produire en relation avec l’environnement bouleverse le monde agricole : c’est l’agro-écologie, source d’inquiétudes mais porteuse de tellement de belles promesses.

    L’agro-écologie

    L’agro-écologie est une notion complexe car elle fait intervenir un ensemble de pratiques intervenant sur des domaines très variés (biologie, écologie, sociologie, économie …). Cette complexité est à l’origine d’une multitude de définitions qui varient selon les personnes et les contextes. Mais globalement l’agro-écologie rejoint l’objectif exprimé dans l’Agenda 21 lors de la conférence de Rio en 1992 : la durabilité.

    L’agro-écologie est une façon tout à fait révolutionnaire d’aborder l’activité agricole. Auparavant l’homme se demandait comment il pouvait plier la nature à sa volonté en un combat sans fin. L’agro-écologie apaise les relations entre l’homme et son environnement. Désormais nous essayons de voir comment la nature peut nous aider au mieux dans notre activité agricole et pour cela nous sommes prêts, à notre tour, à lui fournir toute l’aide nécessaire. D’un rapport de conflit nous sommes passés à une relation de type « symbiose ».

    Semences et fertilisation

    Les incroyables gains de productivité obtenus en agriculture lors de ces 60 dernières années doivent beaucoup à la sélection. Certes, il existe une « sélection naturelle », mais ses objectifs ne sont pas les mêmes que ceux des sélectionneurs. Dans le premier cas seules les plantes plus adaptées à un environnement souvent hostile survivront et se multiplieront, dans le deuxième cas l’homme va choisir les individus répondant le mieux à ses objectifs (productivité, résistances aux bioagresseurs …). La création de nouvelles variétés est longue et coûteuse c’est pourquoi ce travail ne peut être fait que par de grosses structures.

    Cependant, à côté de cette sélection « classique », des systèmes alternatifs demandent à exister. Ce sont, entre autres, les producteurs bios qui souhaitent pouvoir utiliser de vieilles variétés adaptées à leur système, et ils déplorent la rigidité réglementaire de l’organisation de la sélection en France qui a, certes, servi efficacement la recherche mais ne laisse pas de place aux agricultures non conventionnelles.

    Pour que ces plantes sélectionnées puissent exprimer toute leur potentialité il faut les implanter dans un environnement « idéal » capable de nourrir ces « formules 1 ». Pendant très longtemps les agronomes ont pensé qu’ils suffisaient d’apporter l’élément chimique manquant. Mais depuis, ils se sont aperçus que les choses étaient beaucoup complexes qu’elles n’en avaient l’air : certes, N-P-K est indispensable, mais les conditions de milieu et, en particulier, les relations avec les êtres vivants du sol contribuent également largement à la bonne croissance de la plante.

    « Fédérer l’ensemble des acteurs du monde agricole pour s’enrichir mutuellement et progresser »

    Pour aller plus loin :

  • Jean-Paul Daouze

    Propos recueillis par Camille Atlani-Bicharzon

    Jean-Paul Daouze est ingénieur conseil en production végétale à la Chambre d’Agriculture de la Marne. Son métier et sa curiosité l’ont amené à se former auprès de nombreux spécialistes hexagonaux de l’agronomie et du machinisme. Fort d’une longue production d’articles dans le bulletin HORIZON des GEDA marnais, il a corédigé l’ouvrage « Gestion du sol et machinisme »

    • Le travail d’un sol agricole est indissociable de sa texture, de la succession des cultures et de la météorologie préalable et prévue
    • L’intensité des travaux de restructuration d’un sol est fortement dépendante de son statut organique et de la durée d’interculture
    • Le travail du sol retrouve une place importante dans la quête de la triple performance

    Le travail du sol et la santé des plantes

    En parallèle du conseil et de l’animation de groupes de développement, Jean-Paul Daouze s’est spécialisé en machinisme pour les grandes cultures. Cette spécialisation a pris forme en faisant très tôt le constat que les accidents culturaux, les sensibilités plus ou moins importantes des plantes cultivées aux parasites relèvent souvent de l’état du sol. L’observation des effets des outils sur le sol et leurs conséquences sur les végétaux constituent la base de son expérience.

    Aujourd’hui, il travaille à l’établissement de références, au conseil auprès des agriculteurs et aux échanges et productions collégiales entre conseillers en agroéquipement sur les thèmes du travail du sol, la pulvérisation, l’épandage des fertilisant et le dimensionnement du matériel des exploitations.

    Il faut démystifier le travail du sol. L’essentiel est que chaque agriculteur maitrise le système qu’il s’est choisi, qu’il en approfondisse sa connaissance régulièrement, dans le respect de son capital et de l’espace dans lequel il s’inscrit.

    L’agro-écologie

    Selon Jean-Paul Daouze : « l’agro-écologie, prise sous l’angle sémantique, relève de l’évidence, encore que l’inverse pourrait être considéré comme tout aussi vrai : une « éco-agronomie » en quelque sorte, où, pour pouvoir légitimer sa capacité et sa mission à produire plus , l’agriculture a l’obligation de s’inscrire dans une approche écologique, c’est-à-dire une prise en compte de la relation entre les êtres vivants dans un environnement défini. Ne parle-t-on pas d’ailleurs de rôle écosystémique ? ». Cette approche diffère d’une écologie qui pratiquerait l’agriculture à ses propres fins. Le débat consistant à définir le rôle de l’agriculture, en particulier hexagonale, sous l’angle des besoins alimentaires de la planète n’a pas sa place dans ce bref exposé, mais il ne faudrait pas en faire systématiquement l’économie. Une agriculture a besoin de cibler sa raison de produire, au demeurant différenciée en fonction de sa position géographique, démographique, de l’organisation de l’espace qu’elle s’est construit. C’est ainsi que l’agro-écologie doit s’appliquer à respecter son environnement pour en tirer le meilleur, pour en être partie intégrante. Elle doit savoir exploiter les ressources intrinsèques des sols, leur activité biologique dans l’articulation et la complémentarité entre ses productions. Une chimie assistant l’agriculteur dans la protection de ses productions ne doit pas être exclue par principe de ce concept, il suffit qu’elle soit elle-même, par essence, respectueuse du système dans lequel elle est employée, donc écologique au sens scientifique du terme. Une origine naturelle, non synthétique, ou si peu, à l’exemple des purins.

    La place du machinisme dans l’agro-écologie

    Si l’on considère que la production biologique ne sera pas la seule option d’avenir, une agriculture moderne passe aussi par un meilleur ajustement des intrants, fertilisants dans un premier temps, domaine dans lequel la précision du numérique et des capteurs de toutes natures montre l’étendue des possibilités actuelles et à venir. Les applications localisées et modulées sont une clef majeure du « juste nécessaire, juste à temps ».

    Son intervention à Innovagri

    Sur la plateforme Innovagri, Jean-Paul propose d’accompagner et d’éclairer les visiteurs dans leurs questionnements, leurs souhaits ou leurs freins quant à la mise en œuvre des techniques présentées. Que sait-on de leur pertinence, leur rentabilité, des risques à prendre? Strip tillage et son corollaire : la couverture des sols, désherbage mécanique, applications localisées et calibrées à l’aide de l’imagerie fournie par la voie des airs, les drones en particulier.

    « Occupons-nous d’abord du sol, respectons-le et l’évidence de ce qu’il promet fera le reste ! »
    Pour aller plus loin :

Les constructeurs présents sur l'espace couverts végétaux

SLY, Boss

SLY, Boss

Le semoir BOSS avec son disque à double inclinaison apporte de nouvelles perspectives pour le semis direct et l'agriculture de conservation.
Un élément qui rentre sans pression, un sillon qui reste meuble pour une qualité d'implantation parfaite voilà les promesses du BOSS pour réussir toutes vos cultures en direct et vos couverts.

Démonstration Mercredi 6 septembre 14:00 &
Jeudi 7 septembre 15:00
HORSCH, Avatar

HORSCH, Avatar

Dernier né des semoirs HORSCH, l’Avatar allie flexibilité, précision et robustesse.
Sa conception lui permet d’être à l’aise aussi bien en semis direct qu’en semis simplifié ou en semis sous couvert. Disponible de une à trois cuves, il répond aux pratiques innovantes des agriculteurs en autorisant un semis 1 rang sur 2, tous les rangs ou encore en intercalant deux espèces un rang sur deux. Chaque graine est placée à sa profondeur de semis optimale grâce à un réglage rang par rang. Le très faible déplacement de terre occasionné par le disque semeur limite les relevées d’adventices problématiques telles que le Vulpin ou le Raygrass.

Démonstration Jeudi 7 septembre 12:00
JOHN DEERE, 750A

JOHN DEERE, 750A

Le semoir 750A John Deere utilise l’élément semeur John Deere série 90, déjà commercialisé à plus de 2 millions d’exemplaires qui assure une pénétration nette dans le sol pour une levée uniforme et rapide.
Ce semoir, qui nécessite une faible puissance de traction, démontre saison après saison une polyvalence à toutes épreuves, que ce soit en semis conventionnel, en TCS, en semis direct avec faible bouleversement de sol ou en semis direct sous couvert végétal.
Disponible en version Isobus, il offre la possibilité d’un contrôle automatique du jalonnage et une coupure automatique.

Démonstration Jeudi 7 septembre 10:00
WEAVING MACHINERY

WEAVING MACHINERY

Le semoir Weaving GD à disques inclinés permet de semer sur sol travaillé ainsi que dans des gros volumes de résidus ou couverts.
Il soulève une bande de terre et la repose sur la graine avec très peu de perturbation de sol et sans paille en contact avec la graine.
Le sillon est toujours bien refermé et rappuyé. Ce semoir est issu de l'expérience d'agriculteurs engagés en agriculture de conservation.

Démonstration Mercredi 6 septembre 12:00
SIMTECH, T-Sem 300A

SIMTECH, T-Sem 300A

Le T-Sem de SIMTECH est un semoir polyvalent, parfaitement adapté aux itinéraires culturaux respectueux des sols. Sa forte capacité de pénétration en fait un outil idéal pour les semis d’été tels que couverts végétaux et dérobées directement dans les résidus de la culture précédente.
Son dégagement important lui permet d’évoluer sur la plupart des couverts végétaux. Son poids raisonnable et la portance offerte par le rouleau arrière autorisent aussi le semis sur des préparations de sols fermes et nivelées.
Le T-Sem est ainsi un semoir idéal pour s’adapter avec souplesse aux différents défis qu’imposent la mise ne place de l’agriculture de conservation, en polyculture-élevage comme en grandes cultures.

Démonstration Mercredi 6 septembre 10:00
ECO-MULCH, Contour Master

ECO-MULCH, Contour Master

Dans le but d’obtenir un sol avec une couverture permanente nous avons réalisé le semoir à dents CONTOUR MASTER .
Le contour master est équipé de dents semeuses étroites pour perturber le sol au minimum tout en mettant la graine précisément à la profondeur choisie dans un sillon parfaitement propre exempt de tout résidu qui pourrait compromettre une bonne levée de la culture.
Les éléments semeurs sont très espacés pour permettre le passage des résidus ou du couvert végétal et ils possèdent chacun une roue qui règle la profondeur de semi et couche la végétation de façon à permettre l’entrée de la lumière sur la ligne de semi évitant aux semi de s’étioler à la levée.

Démonstration Jeudi 7 septembre 14:00
SKY AGRICULTURE, Easydrill 3000 Fertisem

SKY AGRICULTURE, Easydrill 3000 Fertisem

Fabriqué en France, l'EASYDRILL a été conçu pour gérer une transition progressive vers le semis direct sous couvert végétal. Avec 2 ou 3 trémies, vous pouvez semer des mélanges de couverts, des plantes compagnes et positionner un engrais starter.
Sans jauge latérale à côté du disque, l'élément semeur est beaucoup plus stable et surtout le sillon n'est pas comprimé lors de son ouverture. cela signifie qu'il est toujours très facile de refermer le sillon après la dépose de la semence.
C'est un élément essentiel en agriculture de conservation !

Démonstration Mercredi 6 septembre 11:00
CARRE, Inro

CARRE, Inro

Le strip-till est un outil de préparation de sol qui permet de ne préparer que les futures lignes de semis. La puissance nécessaire pour travailler le sol est ainsi réduite. Moins de passages sont nécessaires avant le semis.
Par ailleurs cet outil permet de mieux valoriser le sol en ne perturbant pas toute la parcelle. La vie souterraine est ainsi préservée.
Enfin le fait de pouvoir laisser en surface des résidus, permet de mieux fixer l’eau résiduelle de la rosée et de limiter sont évaporation.
INRO permet de créer un lit de semence propre qui favorise le développement des micro-organismes et donc un environnement de croissance propice aux cultures.

Démonstration Jeudi 7 septembre 11:00
VADERSTAD, Tempo

VADERSTAD, Tempo

Le semoir de précision à grande vitesse, Tempo T de Väderstad, est équipé d’un système de coupure de tronçons. Rang par rang, le Tempo coupe les apports de semences, d’engrais et de micro-granulation, simultanément. Chaque rang indépendamment des uns des autres.
Les avantages principaux de ce système sont une préservation de l’environnement et une économie d’intrants.
En effet, le Tempo apporte les doses exactes au bon endroit, sans recouvrement,s’inscrivant dans une nouvelle démarche agroécologique.

Démonstration Mercredi 6 septembre 15:00

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